Accueil » Blog » Réforme des retraites 2026 : où en est-on vraiment ?
Retraite

Réforme des retraites 2026 : où en est-on vraiment ?

A
Antoine Mercier · Investisseur depuis 12 ans
Mis à jour le 7 mai 2026 · 12 min de lecture
Personne âgée seule chez elle regardant des documents administratifs

La réforme des retraites de 2023 est officiellement suspendue jusqu’au 1er janvier 2028. Concrètement, l’âge légal de départ est gelé à 62 ans et 9 mois pour les retraites prenant effet à compter du 1er septembre 2026. Et cinq générations (1964 à 1968) bénéficient d’un trimestre de décalage par rapport au calendrier initial. Cette suspension a été inscrite dans la loi de financement de la Sécurité sociale pour 2026, promulguée le 30 décembre 2025. Voici ce que cela change concrètement, génération par génération.

Le cadre légal en vigueur. La suspension de la réforme des retraites résulte de l’article 105 de la loi n° 2025-1403 du 30 décembre 2025 (LFSS 2026). Elle s’applique aux pensions prenant effet entre le 1er septembre 2026 et le 1er janvier 2028. Au-delà de cette date, le calendrier de relèvement progressif de l’âge légal reprendra automatiquement, sauf nouvelle loi.

Source : Service-Public.fr — Suspension de la réforme des retraites

Ce que la suspension change concrètement

La réforme Borne de 2023 prévoyait un relèvement progressif de l’âge légal de départ à la retraite. Et cela, par paliers de trois mois par génération, pour atteindre 64 ans à partir de la génération 1968. La LFSS 2026 ne supprime pas cette réforme : elle la gèle temporairement. Sébastien Lecornu, Premier ministre lors du vote, l’a présentée comme un compromis politique pour éviter une nouvelle chute de gouvernement, et non comme une abrogation.

Pour les pensions prenant effet entre le 1er septembre 2026 et le 1er janvier 2028, l’âge légal et la durée d’assurance requise sont décalés d’un trimestre par rapport au calendrier initial. Le seuil des 64 ans ne s’applique désormais qu’aux personnes nées à partir de 1969 — au lieu de 1968 dans la loi de 2023. Les générations 1964 et 1965 (premier trimestre) sont les principales bénéficiaires. Elles gagnent à la fois sur l’âge légal et sur le nombre de trimestres requis pour le taux plein.

Attention à un point souvent mal compris : la suspension n’est pas rétroactive. Les personnes parties en retraite avant le 1er septembre 2026, même nées en 1964, ne peuvent pas réclamer de compensation. Le gel concerne uniquement les futures liquidations de pension.

⚠️ Erreur fréquente

Beaucoup pensent que la suspension permet à tous les Français nés entre 1964 et 1968 de partir à 62 ans. C’est faux. L’âge légal reste fixé entre 62 ans et 9 mois et 63 ans et 9 mois selon votre année de naissance. La suspension n’est pas un retour à l’ancien régime de 2010 — elle gèle un calendrier en cours de montée en charge.

Qui est concerné, génération par génération

Cinq générations sont impactées par la suspension. Le bénéfice n’est pas uniforme : il dépend précisément de votre année et de votre trimestre de naissance. Pour les personnes nées avant 1964, rien ne change. Pour celles nées en 1969 ou après, la réforme de 2023 s’applique pleinement, avec un âge légal fixé à 64 ans et 172 trimestres requis.

Les conditions pour chaque génération

Le tableau ci-dessous récapitule les conditions applicables à chaque génération concernée, pour les pensions prenant effet à partir du 1er septembre 2026. Les chiffres sont issus de l’article 105 de la LFSS 2026 et confirmés par les communications de l’Assurance retraite.

Année de naissanceÂge légal après suspensionTrimestres requisGain vs réforme 2023
1963 et avant62 ans et 9 mois170Aucun changement
196462 ans et 9 mois (au lieu de 63 ans)170 (au lieu de 171)3 mois et 1 trimestre
1965 (janv-mars)62 ans et 9 mois (au lieu de 63 ans 3 mois)170 (au lieu de 172)6 mois et 2 trimestres
1965 (avril-déc)63 ans (au lieu de 63 ans 3 mois)171 (au lieu de 172)3 mois et 1 trimestre
196663 ans 3 mois (au lieu de 63 ans 6 mois)1723 mois
196763 ans 6 mois (au lieu de 63 ans 9 mois)1723 mois
196863 ans 9 mois (au lieu de 64 ans)1723 mois
1969 et après64 ans172Aucun changement

Il y a un cas qui mérite d’être souligné. Les personnes nées entre le 1er janvier et le 31 mars 1965 sont les grandes gagnantes de la suspension. Elles bénéficient exactement des mêmes conditions que la génération 1964, soit un départ à 62 ans et 9 mois avec seulement 170 trimestres. C’est l’avantage maximal offert par la mesure.

Quelles sont les chiffres ?

Selon les chiffres officiels de l’Assurance retraite, 2,2 millions de Français nés entre 1964 et 1968 sont concernés par cette suspension. Mais l’effet immédiat sur les départs de 2026 est plus modeste. 64 000 personnes environ pourront partir plus tôt cette année-là grâce à la suspension, sur un total de 854 000 retraites attribuées en 2026. La grande majorité des bénéficiaires verront leur situation évoluer entre 2027 et 2031.

Discussion entre collègues dans un bureau, ambiance tendue, sujet social, expressions sérieuses

Et les carrières longues ?

La suspension s’applique aussi au dispositif de retraite anticipée pour carrière longue (RACL). Cequi n’était pas systématiquement prévu au départ. La logique est identique. Les compteurs (âge et trimestres) sont gelés jusqu’au 1er janvier 2028 pour les personnes nées entre 1964 et 1968.

Concrètement, pour une personne ayant commencé à travailler avant 20 ans et née en 1964, le départ anticipé est désormais possible à 60 ans et 3 mois avec 170 trimestres. Et cela, contre 60 ans et 6 mois et 171 trimestres dans la version initiale de la réforme. Les générations suivantes gagnent également 3 mois sur leur âge de départ anticipé pour carrière longue.

Un point pratique souvent oublié : les caisses de retraite ont besoin de plusieurs mois pour adapter leurs systèmes informatiques. Les premières personnes nées en 1964 et bénéficiant concrètement de la suspension ne pourront partir qu’à compter du 1er octobre 2026 au plus tôt. C’est le temps que les attestations de carrière longue soient délivrées dans le respect du délai de prévenance légal envers l’employeur.

⚠️ Délai à respecter

Si vous êtes concerné par la suspension, contactez votre caisse de retraite au moins 6 mois avant la date envisagée pour le départ. Le délai légal de prévenance auprès de votre employeur est de 4 mois minimum, et l’attestation de carrière longue doit être délivrée en amont. En l’absence de simulation à jour sur votre compte personnel, demandez explicitement un recalcul tenant compte des nouvelles règles applicables au 1er septembre 2026.

Les autres mesures de la LFSS 2026

La suspension de la réforme Borne n’est pas la seule mesure retraite de la LFSS 2026. Trois autres dispositions méritent l’attention, car elles modifient le calcul de la pension pour des publics spécifiques. Ces mesures sont distinctes de la suspension : elles ont leur propre calendrier d’application.

Calcul de la pension des mères de famille. L’article 103 de la LFSS 2026 modifie le calcul du salaire annuel moyen (SAM). Au lieu des 25 meilleures années, le SAM est désormais calculé sur les 24 meilleures années pour une mère d’un enfant, et sur les 23 meilleures années pour une mère de deux enfants ou plus. Selon le gouvernement, environ 50 % des femmes liquidant leur retraite à compter de 2026 verront leur pension augmenter grâce à cette mesure. La mesure s’applique notamment aux femmes nées à partir de 1970 dans les régimes alignés (régime général, MSA, régimes des indépendants).

Carrières longues des mères. L’article 104 améliore l’accès à la retraite anticipée pour les mères en carrière longue. Les majorations de durée d’assurance pour enfant (maternité, éducation, adoption) sont désormais prises en compte dans la durée d’assurance cotisée, dans la limite de deux trimestres. Plus de 13 000 femmes nées à partir de 1970 sont attendues comme bénéficiaires.

Réforme du cumul emploi-retraite. Pour les retraites prenant effet à partir du 1er janvier 2027, le dispositif est restructuré en trois niveaux selon l’âge. Avant l’âge légal de départ, la pension sera totalement écrêtée à hauteur des revenus d’activité repris. Entre l’âge légal et 67 ans, un seuil sera fixé par décret au-delà duquel la pension sera réduite de 50 % du dépassement. Après 67 ans, le cumul deviendra libre et sans plafond, avec création de droits à une seconde pension.

Que se passera-t-il après janvier 2028 ?

Suspension n’est pas synonyme d’abrogation. Au 1er janvier 2028, sauf nouvelle loi votée d’ici là, le calendrier de relèvement de l’âge légal reprendra son cours là où il s’était arrêté. Pour les générations nées en 1969 et après, l’âge légal de 64 ans s’appliquera de plein droit, avec 172 trimestres requis pour le taux plein.

La Cour des comptes a évalué le coût d’un blocage durable de l’âge à 63 ans. 13 milliards d’euros d’ici 2035 pour les finances publiques, dont 5,8 milliards pour le seul système de retraite. La suspension actuelle est financée notamment par une hausse d’une fraction de la contribution sociale généralisée (CSG), qui passe de 9,2 % à 10,6 % sur les revenus du capital, pour un gain estimé à 1,5 milliard d’euros.

Trois scénarios possibles

L’élection présidentielle de 2027 sera un moment décisif. Selon le candidat élu et la majorité parlementaire qui en résultera, trois scénarios sont possibles : reprise automatique du calendrier 2023 au 1er janvier 2028, prolongation de la suspension par une nouvelle loi, ou abrogation pure et simple de la réforme Borne. Aucune de ces hypothèses n’est aujourd’hui privilégiée par les analyses publiques. L’incertitude reste donc le maître-mot pour quiconque planifie son départ entre 2027 et 2030.

A

Antoine Mercier · Investisseur depuis 12 ans

Je le dis souvent à mes proches qui approchent de la retraite : ne calez pas votre stratégie patrimoniale sur la situation politique de 2027. Si vous avez 60 ans aujourd’hui et que vous comptiez sur la suspension pour partir plus tôt, vérifiez précisément votre trimestre de naissance — entre janvier 1965 et avril 1965, le gain peut passer de 6 mois à 3 mois. Et si vous avez 55 ans, partez du principe que les 64 ans s’appliqueront à vous, et travaillez votre épargne retraite en conséquence (PER, assurance-vie). Les éventuelles bonnes nouvelles seront un bonus, pas un plan.

Quelle stratégie patrimoniale dans ce contexte ?

L’incertitude sur le calendrier post-2028 a une conséquence très concrète sur la préparation de votre retraite. Il devient difficile de se reposer uniquement sur le système par répartition pour anticiper son niveau de vie futur. Le taux de remplacement (rapport entre la pension perçue et le dernier salaire) reste structurellement orienté à la baisse à long terme, indépendamment du calendrier d’application de la réforme.

Les dispositifs d’épargne retraite individuelle prennent dans ce contexte une importance particulière. Le Plan d’Épargne Retraite (PER), créé par la loi PACTE de 2019, permet de déduire les versements de votre revenu imposable (dans la limite de 10 % de vos revenus professionnels), avec une sortie possible en capital, en rente, ou en mix des deux à la retraite. L’assurance-vie reste également un outil pertinent grâce à sa fiscalité avantageuse après 8 ans et à l’abattement annuel de 4 600 € (9 200 € pour un couple) sur les retraits.

Pour aller plus loin sur l’optimisation de votre épargne retraite, vous pouvez consulter notre guide sur les avantages du Plan Épargne Retraite (PER). Celui-ci détaille les leviers fiscaux et les critères de choix d’un contrat performant.

Manifestation réaliste dans une rue urbaine, pancartes liées aux retraites

Questions fréquentes

Je suis né en 1964, à quelle date pourrai-je effectivement partir à la retraite ?

Si vous êtes né en 1964 et atteignez vos 62 ans et 9 mois après le 1er septembre 2026, vous bénéficiez de la suspension. Concrètement, les premières personnes concernées peuvent partir à compter du 1er octobre 2026, le temps que les caisses de retraite délivrent les attestations nécessaires. Vous devez justifier de 170 trimestres pour bénéficier du taux plein. Si votre date de 62 ans et 9 mois tombe avant septembre 2026, ce sont les règles antérieures qui s’appliquent — la suspension n’est pas rétroactive.

Suis-je concerné si je suis fonctionnaire ?

Oui, les fonctionnaires des catégories sédentaire et active sont concernés par la suspension, avec un calendrier adapté géré par la CNRACL pour les agents territoriaux et hospitaliers. Pour la catégorie sédentaire, l’âge légal des nés en 1964 et au 1er trimestre 1965 reste fixé à 62 ans et 9 mois. Pour la catégorie active, la borne d’âge de 59 ans s’applique désormais aux agents nés en 1974 et après, au lieu de 1973 dans la réforme de 2023. Les règles de calcul de la pension elle-même ne changent pas.

Que devient la suspension après janvier 2028 ?

Sans nouvelle loi, le calendrier de la réforme de 2023 reprendra automatiquement le 1er janvier 2028. L’âge légal continuera sa montée progressive et atteindra 64 ans pour les générations nées à partir de 1969. Ce point n’a jamais été remis en cause par la suspension. L’élection présidentielle de 2027 et la composition de la nouvelle Assemblée nationale détermineront si le gouvernement issu du scrutin maintient ce calendrier, le prolonge, ou abroge plus largement la réforme.

La suspension change-t-elle le montant de ma pension ?

Pas directement. Les règles de calcul de la pension (taux plein de 50 % sur le SAM, formule de proratisation) ne sont pas modifiées par la suspension. En revanche, partir un trimestre plus tôt avec un trimestre de moins exigé peut éviter une décote pour ceux qui n’ont pas tous leurs trimestres. À l’inverse, les mères de famille bénéficient d’un calcul du SAM sur 23 ou 24 meilleures années (au lieu de 25). Ce qui peut augmenter mécaniquement leur pension. Selon le gouvernement, environ une femme sur deux liquidant sa retraite à partir de 2026 verra sa pension augmenter grâce à cette dernière mesure.

Que faire si je dois partir entre 2026 et 2028 et que ma situation est complexe ?

Le portail officiel info-retraite.fr permet de simuler votre départ en tenant compte de l’ensemble de votre carrière, tous régimes confondus. Une mise à jour des outils de simulation a été déployée fin janvier 2026 pour intégrer les nouvelles règles, avec des ajustements complémentaires prévus au deuxième trimestre 2026. En cas de doute sur votre date exacte ou sur l’application du dispositif carrière longue, contactez directement votre caisse de retraite plusieurs mois avant la date envisagée. Pour les situations multi-régimes (privé + fonction publique, par exemple), l’accompagnement d’un conseiller retraite agréé peut être pertinent.

Sources

Cet article contient des liens internes vers nos guides patrimoniaux. Les informations présentées ne constituent pas un conseil en investissement personnalisé ni un conseil juridique. Le cadre réglementaire des retraites évolue rapidement : pour toute décision concernant votre départ effectif ou votre stratégie d’épargne retraite, vérifiez les conditions applicables à votre situation auprès de votre caisse de retraite et, si besoin, d’un professionnel agréé. Les performances passées des produits d’épargne mentionnés ne préjugent pas des résultats futurs.

A

Antoine Mercier

Investisseur particulier · Diplômé en économie (Dauphine)

Antoine investit depuis 12 ans et partage sur Placer Mon Argent ses analyses indépendantes pour vous aider à faire les bons choix financiers.