Accueil » Blog » Faut-il acheter des actions Safran en 2026 ?
Bourse

Faut-il acheter des actions Safran en 2026 ?

A
Antoine Mercier · Investisseur depuis 12 ans
Mis à jour le 28 avril 2026 · 13 min de lecture
dossier Safran posé près de lunettes

Acheter des actions Safran en avril 2026 reste défendable pour un investisseur long terme, à condition d’accepter une valorisation tendue et d’entrer progressivement. Le titre se paie environ 28 à 33 fois les bénéfices, cote autour de 277 à 285 € après avoir touché un plus haut à 350 € en janvier, et verse un dividende de 3,35 € par action au titre de 2025. Les fondamentaux sont excellents, mais le prix laisse peu de marge d’erreur.

Dans cette analyse, je vous explique pourquoi Safran fait rêver les gérants, ce que la publication des résultats annuels 2025 a vraiment révélé, où se situent les vrais risques (tensions géopolitiques, valorisation, supply chain), et comment je construis une position sur ce dossier dans mon propre PEA.

Safran en 3 chiffres clés à retenir

Avant de décortiquer le dossier, voici les données fondamentales à avoir en tête. Safran a publié le 13 février 2026 des résultats annuels 2025 au-dessus des attentes : chiffre d’affaires ajusté de 31,3 milliards d’euros en hausse de 15 %, résultat opérationnel courant ajusté de 5,2 milliards (+26 %), et cash-flow libre de 3,9 milliards d’euros. La marge opérationnelle a gagné 150 points de base sur un an, pour atteindre 16,6 % du chiffre d’affaires.

Le groupe est coté sur Euronext Paris (code ISIN FR0000073272, ticker SAF), membre du CAC 40, et éligible au PEA comme au compte-titres ordinaire (CTO). Pour 2026, la direction vise une croissance du chiffre d’affaires comprise entre 12 % et 15 %, un résultat opérationnel courant entre 6,1 et 6,2 milliards d’euros, et un cash-flow libre entre 4,4 et 4,6 milliards d’euros.

Résultats annuels 2025 Safran (publiés le 13 février 2026) — Chiffre d’affaires ajusté : 31 329 M€ (+15 %). Résultat opérationnel courant ajusté : 5 197 M€ (+26,2 %), soit 16,6 % du CA. Cash-flow libre : 3 921 M€. Dividende proposé : 3,35 € par action, en hausse de 16 % vs 2024, soumis à l’approbation de l’assemblée générale du 21 mai 2026.

Source : Safran — Communiqué de presse du 13 février 2026

Pourquoi Safran est une valeur si convoitée

Si vous prenez l’avion cette année, il y a une probabilité élevée que l’un des moteurs qui vous fasse décoller soit fabriqué par CFM International — la coentreprise entre Safran et GE Aerospace. Cette position dominante dans les moteurs de monocouloirs n’est pas anodine : elle structure toute la thèse d’investissement. Les moteurs CFM56 et LEAP équipent les avions les plus vendus au monde (Airbus A320, Boeing 737), avec un parc installé colossal qui génère des revenus d’après-vente récurrents.

Le véritable moteur de profitabilité de Safran, ce n’est d’ailleurs pas la vente de moteurs neufs — souvent vendus à faible marge voire à perte — mais la maintenance et les pièces détachées qui vont avec, pendant les 20 à 30 années d’exploitation de chaque avion. C’est un modèle économique proche du rasoir et de ses lames, avec une visibilité à dix ans que très peu d’industriels peuvent revendiquer.

La division Propulsion affiche une marge opérationnelle de 23 % en 2025. À titre de comparaison, la division aéronautique civile d’Airbus plafonne autour de 10 %. C’est cette rentabilité hors norme, couplée à un carnet de commandes plein pour plusieurs années, qui justifie la prime de valorisation que le marché accorde au titre.

Les atouts fondamentaux de Safran

Le dossier Safran repose sur quatre piliers solides. Je les détaille ci-dessous dans l’ordre de leur importance selon mon analyse — en sachant que le premier pilier pèse à lui seul 50 % du chiffre d’affaires et l’essentiel de la rentabilité du groupe.

Un oligopole de fait sur les moteurs civils

Safran partage avec Pratt & Whitney (RTX) et Rolls-Royce le marché mondial des moteurs d’avions commerciaux. Les barrières à l’entrée sont gigantesques : une décennie de R&D pour développer un moteur, des certifications interminables, des investissements industriels massifs. Il n’y a pas de « startup disruptive » qui menacera Safran sur ce créneau à horizon raisonnable.

Un modèle économique récurrent

Sur l’exercice 2025, l’après-vente civile a été le principal moteur de croissance, avec une progression particulièrement forte des services pour moteurs civils. Le parc mondial de CFM56 en service continue de générer des révisions lourdes (les fameuses « shop visits ») à mesure que ces moteurs vieillissent. Et le parc de LEAP, encore jeune, va progressivement entrer dans ce cycle à partir de 2028-2030.

Une exposition à la défense qui monte

Safran fournit les moteurs M88 du Rafale, des systèmes optroniques, des viseurs, des drones tactiques et des systèmes de navigation inertielle. Dans un contexte de réarmement européen et de commandes additionnelles possibles du Rafale, cette division pèse désormais environ 39 % du chiffre d’affaires, avec une marge opérationnelle en progression à 12,7 % en 2025.

Une politique actionnariale dynamique

Le dividende de 3,35 € proposé pour 2025 est en hausse de 16 % par rapport à 2024. Safran poursuit en parallèle un programme de rachat d’actions de 5 milliards d’euros engagé en 2024 : 5,3 millions de titres ont été rachetés et annulés en 2025 pour 1,345 milliard d’euros. Cette double composante — coupons + relutif — est puissante même si le rendement apparent (autour de 1,1 %) reste modeste.

A

Antoine Mercier · Investisseur depuis 12 ans

Safran est l’une des premières lignes de mon PEA, entrée début 2021 autour de 115 €. Ce qui m’a convaincu à l’époque, ce n’est pas le cours — j’ai payé cher par rapport au consensus de l’époque — mais la qualité du carnet de commandes LEAP et la visibilité de l’après-vente. Je ne renforce plus aujourd’hui : à 280-300 €, le rapport rendement/risque est moins favorable qu’il y a trois ans, même si le business reste superbe.

Les risques à ne pas sous-estimer

La valorisation

Le premier risque à regarder en face, c’est la valorisation. Avec un PER estimé entre 28 et 33 selon les méthodes de calcul et la période de référence, Safran se paie à un niveau supérieur à sa moyenne historique et à la moyenne du secteur aéronautique. Payer un beau dossier n’est pas un problème en soi — c’est souvent ce qu’il faut faire en bourse — mais cela réduit le potentiel de hausse à court terme et amplifie la sensibilité à toute déception trimestrielle.

Les risques géopolitiques et macroéconomiques

Quant au deuxième risque, il est géopolitique et macroéconomique. L’actualité d’avril 2026 l’a rappelé brutalement : le 21 avril, Jefferies a abaissé sa recommandation d’« acheter » à « conserver » avec un objectif ramené de 350 à 310 €, en citant les risques liés au conflit iranien sur le trafic aérien. Le titre a perdu 4,8 % dans la séance, accusant le plus fort repli du CAC 40 ce jour-là. Une partie des revenus de Safran dépend directement du nombre d’heures de vol des compagnies clientes — qui recule quand le kérosène flambe ou quand une région devient inaccessible.

Faut-il Acheter des Actions Safran 2

Les risques opérationnels

Le troisième risque est opérationnel. Les tensions sur la chaîne d’approvisionnement aéronautique durent depuis plusieurs années, affectant les cadences de livraison des moteurs LEAP et donc le rythme de facturation. Safran s’en sort mieux que la plupart de ses concurrents, mais le risque de « grain de sable » reste présent. Les droits de douane américains sont également un sujet suivi de près par la direction, qui a reconnu un impact significatif sur 2025 sans en livrer le chiffrage complet.

Les risques cycliques

Enfin, le dernier risque est cyclique. L’aéronautique civile est un secteur notoirement cyclique, très sensible aux récessions, aux pandémies (2020 l’a rappelé) et aux chocs pétroliers. Pour un investisseur long terme cela se lisse, mais pour quelqu’un qui entre en haut de cycle, le risque de passer plusieurs années en moins-value latente n’est pas anecdotique.

⚠️ Point de vigilance

Les investissements en actions comportent un risque de perte en capital. Les performances passées ne préjugent pas des performances futures. L’action Safran a enregistré plus de 30 % de hausse par an en 2023, 2024 et 2025 : une normalisation voire une correction sur un horizon court est un scénario qu’il ne faut pas exclure. Ne placez pas en Safran une somme dont vous auriez besoin à court terme.

Valorisation : Safran est-elle chère en avril 2026 ?

La question de la cherté ne se tranche pas par un seul ratio. Elle dépend de ce qu’on compare et sur quel horizon. À environ 280 € fin avril 2026, voici comment je lis la valorisation.

Le PER 2025 se situe autour de 28-33 selon les calculs (certains sites affichent 33, d’autres 28 en ajustant pour les rachats d’actions). C’est une prime significative par rapport à la moyenne du CAC 40 autour de 16-18, mais cohérente avec la qualité du business et la croissance attendue. Le ratio EV/EBITDA autour de 16-17 est plus raisonnable, et le ratio PEG (PER rapporté à la croissance) inférieur à 1 suggère que la prime reste digérable tant que la croissance tient.

Côté consensus analystes, les objectifs de cours médians à 12 mois se situent entre 325 et 345 € selon les sources agrégatrices (Fintel, TipRanks), avec Deutsche Bank à 325-365 € et Jefferies récemment abaissé à 310 €. Le consensus global reste donc majoritairement positif, avec un potentiel de hausse théorique de 10 à 25 % par rapport au cours actuel.

Mon avis : Safran n’est pas bon marché, mais elle n’est pas non plus dans une bulle spéculative. Le business justifie une prime de qualité. Le vrai débat n’est pas « est-ce que c’est cher ? » mais « est-ce que le prix payé aujourd’hui permet un rendement acceptable sur 5-10 ans ? ». À 280 €, la réponse est nuancée : oui pour qui accepte un rendement long terme plus modeste que les années passées, non pour qui cherche un doublement rapide.

Comment acheter l’action Safran concrètement

Safran est éligible au PEA, ce qui change la donne fiscalement. Sur un PEA détenu depuis plus de 5 ans, les plus-values et dividendes sont exonérés d’impôt sur le revenu (seuls les prélèvements sociaux de 17,2 % s’appliquent). Sur un compte-titres ordinaire, la flat tax de 30 % s’applique dès le premier euro de gain. Pour un titre que vous comptez conserver longtemps, le PEA est généralement le véhicule à privilégier.

En pratique, voici les étapes pour constituer une position. Premièrement, ouvrez un PEA (ou un CTO) chez un courtier ou une banque en ligne. Deuxièmement, alimentez-le par virement. Troisièmement, passez un ordre d’achat à cours limité sur le code SAF ou ISIN FR0000073272 — plutôt qu’un ordre au marché, qui vous expose à la volatilité intraday, particulièrement marquée sur Safran en ce moment.

Mon conseil personnel en période de valorisation tendue : étalez vos achats via du DCA (investissement programmé). Par exemple, acheter pour 500 € ou 1 000 € tous les 1-2 mois pendant un an, plutôt qu’un gros achat en une fois. Cette méthode lisse le prix de revient et vous évite le regret d’avoir acheté au plus haut si le marché se retourne.

Pour en savoir plus sur le PEA

Enveloppe fiscalement avantageuse · Actions éligibles · Plafond 150 000 €

Voir notre guide PEA →

Pour qui Safran est-elle pertinente — et pour qui ça ne l’est pas

Je n’aime pas les recommandations génériques. Voici, selon mon analyse, les profils pour lesquels Safran peut faire sens, et ceux pour lesquels ce n’est pas le bon véhicule.

Safran peut être pertinente si vous avez un horizon d’au moins 5 ans, que vous acceptez une volatilité à deux chiffres sur l’année, que vous cherchez une valeur de qualité pour la partie « fond de portefeuille » de votre PEA, et que vous privilégiez le potentiel de plus-value long terme plutôt qu’un rendement courant élevé. Dans un portefeuille PEA diversifié, une allocation de 3 à 7 % est défendable, sans dépasser 10 % pour éviter un risque de concentration sectorielle.

Faut-il Acheter des Actions Safran

Safran n’est pas adaptée si vous cherchez un revenu régulier élevé (le rendement du dividende est faible, autour de 1,1 %), si vous avez un horizon court (moins de 3 ans), si vous avez déjà une exposition importante à l’aéronautique ou à la défense dans votre portefeuille, ou si l’idée de voir votre ligne perdre 20-30 % sur une année de choc (pandémie, crise géopolitique) vous est insupportable émotionnellement.

Safran n’est pas un substitut à un ETF monde ou à un portefeuille diversifié. C’est une ligne directe sur un unique dossier, avec un risque spécifique non négligeable. Ne lui confiez jamais une part disproportionnée de votre épargne.

Questions fréquentes

Quel est le prix de l’action Safran aujourd’hui ?

Au 22 avril 2026, l’action Safran s’échange autour de 282 € sur Euronext Paris, après un recul marqué de plus de 4 % suite à l’abaissement de recommandation par Jefferies. Sur les 52 dernières semaines, le titre a évolué dans une fourchette comprise entre environ 209 € et 350 €. Pour un prix en temps réel, consultez la page officielle Boursorama ou le site du groupe Safran.

Safran verse-t-elle un dividende ?

Oui. Le conseil d’administration a proposé un dividende de 3,35 € par action au titre de 2025, en hausse de 16 % par rapport aux 2,90 € versés en 2025 pour l’exercice 2024. Ce dividende sera soumis à l’approbation de l’assemblée générale du 21 mai 2026. Safran verse son dividende une fois par an, généralement en mai-juin. Le rendement courant reste modeste (environ 1,1 % au cours actuel), la thèse d’investissement étant davantage orientée plus-value que revenu.

L’action Safran est-elle éligible au PEA ?

Oui, l’action Safran est éligible au PEA ainsi qu’au compte-titres ordinaire (CTO). Le PEA permet, après 5 ans de détention, de bénéficier d’une exonération d’impôt sur le revenu sur les plus-values et dividendes (seuls les prélèvements sociaux de 17,2 % restent dus). C’est souvent le véhicule le plus avantageux fiscalement pour une action européenne conservée sur le long terme.

Quels sont les principaux concurrents de Safran ?

Sur les moteurs d’avions civils, les concurrents directs sont Pratt & Whitney (filiale de RTX) et Rolls-Royce. Sur les équipements aéronautiques et la défense, Safran croise le fer avec Collins Aerospace, Thales, Honeywell ou encore General Electric Aerospace (qui est aussi partenaire via CFM International). Dans la défense française spécifiquement, Safran travaille en coopération avec Dassault Aviation et Thales sur les programmes Rafale et futurs.

Quel objectif de cours les analystes visent-ils pour Safran ?

Les objectifs de cours à 12 mois varient selon les bureaux d’analyse. Deutsche Bank vise entre 325 et 365 €, Jefferies a récemment abaissé son objectif à 310 €, et les moyennes agrégées par Fintel ou TipRanks se situent entre 336 et 344 €. Le consensus reste majoritairement positif, mais rappelons que les objectifs de cours sont des projections à 12 mois, régulièrement révisées, et ne constituent pas une garantie de performance.

Faut-il acheter Safran après la baisse d’avril 2026 ?

La baisse récente (environ -15 % entre le pic de janvier à 350 € et les 280 € actuels) rend le dossier moins tendu qu’il ne l’était. Pour un investisseur long terme qui n’avait pas encore de position, c’est un point d’entrée plus raisonnable qu’il y a trois mois. Mais « moins cher » ne veut pas dire « bon marché » : le titre reste sur des multiples supérieurs à sa moyenne historique. Ma recommandation générale est d’entrer progressivement plutôt que d’un bloc, et de ne jamais concentrer plus de 10 % d’un portefeuille sur une ligne unique.

Peut-on acheter des actions Safran en fraction (fractional shares) ?

Certains courtiers (comme Trade Republic, eToro, Bux) proposent l’achat de fractions d’actions, mais cette fonctionnalité est généralement réservée au compte-titres ordinaire (CTO) et pas au PEA. Sur un PEA classique, vous devez acheter des actions entières, ce qui implique, au cours actuel, un ticket minimum d’environ 280 € par action Safran.

Safran est-elle une valeur de défense ou d’aéronautique civile ?

Les deux. Safran tire environ 50 % de son chiffre d’affaires de la propulsion (moteurs civils et militaires), environ 39 % des équipements et de la défense, et environ 11 % des intérieurs d’avions. L’aéronautique civile reste prépondérante en termes de rentabilité, mais l’exposition à la défense monte en puissance dans un contexte de réarmement européen et de discussions sur de nouvelles commandes du Rafale.

Que se passe-t-il si les résultats 2026 sont inférieurs aux prévisions ?

Compte tenu de la valorisation actuelle, toute déception significative se traduit généralement par une correction marquée. C’est le revers de la médaille d’une action qui se paie 28-33 fois les bénéfices : le marché attend déjà une croissance forte, et la moindre révision baissière peut entraîner un recul de 5 à 15 % en quelques séances. C’est pour cette raison qu’une entrée progressive via DCA, plutôt qu’un achat en une fois, est particulièrement pertinente dans la configuration actuelle.

Sources

Safran — Communiqué de presse « Safran annonce une excellente performance financière en 2025 et relève ses ambitions pour 2028 » du 13 février 2026 (safran-group.com)

Boursorama — Cours et consensus analystes SAFRAN SAF (boursorama.com)

Safran — Espace actionnaires individuels (safran-group.com)

Service-Public.fr — Fiscalité du PEA (plus-values et dividendes)

Cet article est publié à titre informatif et ne constitue pas un conseil en investissement personnalisé. Placer Mon Argent n’est ni Conseiller en Investissements Financiers (CIF) ni Prestataire de Services d’Investissement (PSI). Les investissements en actions comportent un risque de perte en capital. Les performances passées ne préjugent pas des performances futures. Avant toute décision d’investissement, consultez un professionnel agréé ou faites vos propres recherches approfondies.

A

Antoine Mercier

Investisseur particulier · Diplômé en économie (Dauphine)

Antoine investit depuis 12 ans et partage sur Placer Mon Argent ses analyses indépendantes pour vous aider à faire les bons choix financiers.