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Faut-il acheter des actions Thales en 2026 ?

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Antoine Mercier · Investisseur depuis 12 ans
Mis à jour le 27 avril 2026 · 12 min de lecture
Personne analysant graphiques boursiers sur écran d’ordinateur

Après une progression de plus de 66 % en 2025 et un premier trimestre 2026 supérieur aux attentes, l’action Thales soulève une question légitime. Est-il encore temps d’entrer au capital du leader européen de la défense, ou le marché a-t-il déjà intégré l’essentiel des bonnes nouvelles ? Notre réponse courte : Thales reste un dossier de qualité pour un investisseur long terme exposé au thème de la souveraineté européenne. Mais la valorisation actuelle réduit fortement la marge d’erreur, et le point d’entrée mérite d’être pesé sérieusement.

Le titre évolue autour de 256 euros au 21 avril 2026 après quatre séances consécutives de repli, avec un PER 2026 estimé à environ 28,9 fois les bénéfices. C’est nettement au-dessus de la moyenne sectorielle européenne. Dans cet article, nous détaillons les éléments factuels qui permettent à chaque investisseur de construire sa propre analyse : fondamentaux, valorisation, consensus analystes, risques, fiscalité, et manières concrètes d’investir sur le titre.

Action Thales en chiffres (avril 2026). Cours : ~256 € · Capitalisation : ~55 Mds€ · Code ISIN : FR0000121329 · Ticker : HO · Éligible PEA : oui · Dividende 2025 : 3,90 € par action (solde de 2,95 € payable le 20 mai 2026). Les performances passées ne préjugent pas des performances futures.

Sources : Thales — Communiqué résultats annuels 2025 (3 mars 2026) ; Euronext Paris

La réponse courte : acheter, garder ou s’écarter ?

Pour un investisseur long terme cherchant une exposition au secteur défense-aérospatial européen, Thales conserve des arguments solides : carnet de commandes record, rentabilité en progression, position stratégique dans un contexte géopolitique qui reste tendu. Le dossier s’apparente aujourd’hui davantage à une valeur de « croissance visible » qu’à une cyclique classique.

Pour un investisseur cherchant un point d’entrée opportuniste après la hausse, la situation est plus délicate. Le titre a gagné plus de 66 % en 2025, passant d’environ 135 euros à un sommet proche de 272 euros, et la valorisation (PER ~29x) intègre déjà une grande partie des bonnes nouvelles. Le Consensus reflète cette ambiguïté. Les objectifs de cours s’étalent entre 265 et 310 euros selon les bureaux d’études.

Pour un investisseur prudent, la moins mauvaise approche reste souvent l’accumulation progressive (investissement programmé) plutôt que l’achat en une fois. Cela permet de lisser le risque de point d’entrée sur un dossier techniquement bien valorisé. Selon nos critères, Thales ne relève ni du coup spéculatif, ni du rejet pur et simple : c’est un dossier de qualité dont le prix demande de la patience.

Ce que fait Thales et pourquoi ça compte

Thales est un leader mondial des hautes technologies dans quatre domaines : Défense (55 % du chiffre d’affaires), Aérospatial (27 %), Cyber & Digital (17 %), et activités transverses. Le groupe fournit notamment les radars, systèmes de défense aérienne (dont le SAMP/T NG rival européen du Patriot), l’électronique embarquée du Rafale, des satellites militaires, et des solutions de cybersécurité pour États et grandes entreprises.

La géographie des ventes illustre l’ancrage européen du groupe. Environ 55 % du chiffre d’affaires est réalisé en Europe, avec la France comme premier marché. L’Asie représente environ 14 %, devant l’Amérique du Nord (12 %). Cette répartition explique en grande partie pourquoi la hausse des budgets de défense européens, liée au conflit ukrainien et aux tensions au Moyen-Orient, bénéficie directement à Thales.

L’actionnariat reste très stable : l’État français détient environ 25,7 % du capital et Dassault Aviation 24,6 %. À eux deux, ils contrôlent près de la moitié du capital. Cela confère au dossier un caractère stratégique et protégé des offres hostiles, mais aussi une liquidité légèrement réduite par rapport à d’autres valeurs du CAC 40.

Les résultats 2025 et le premier trimestre 2026

L’exercice 2025 a confirmé la dynamique commerciale du groupe. Sur l’ensemble de l’année, le chiffre d’affaires a atteint 22,1 milliards d’euros, en progression organique de 8,8 %, et les prises de commandes se sont élevées à 25,3 milliards d’euros, un niveau record pour la deuxième année consécutive. Le Résultat Net Ajusté a atteint 2 005 M€ (+6 %), et la génération de trésorerie a battu son record historique à 2,577 milliards d’euros de free cash-flow opérationnel.

Graphique financier imprimé avec tendance incertaine,

Le premier trimestre 2026, publié le 21 avril, a été salué comme solide mais sans relèvement de guidance. Le chiffre d’affaires s’est établi à 5,29 milliards d’euros (+9,7 % en organique), légèrement au-dessus du consensus de 5,24 Md€. Les prises de commandes ont bondi de 27 % en organique à 4,7 Md€, avec un segment défense en hausse organique de 75 %. Malgré ces chiffres, l’action a cédé près de 2,5 % dans la séance, pénalisée par la faiblesse persistante du segment Cyber & Digital (croissance quasi nulle) et l’absence de révision à la hausse des objectifs annuels.

Objectifs Thales 2026. Le groupe vise une croissance organique du chiffre d’affaires comprise entre +6 % et +7 %, soit un chiffre d’affaires de 23,3 à 23,6 Md€, avec une marge d’EBIT Ajusté entre 12,6 % et 12,8 %. Le ratio book-to-bill est attendu supérieur à 1. Ces objectifs ont été confirmés — et non relevés — lors de la publication du T1 2026.

Source : Thales — Communiqué résultats annuels 2025 (3 mars 2026)

Valorisation : le point qui fait débat

C’est ici que le dossier devient clivant. Le PER 2026 estimé de Thales ressort autour de 28,9 fois les bénéfices, contre une moyenne d’environ 20 fois pour le secteur européen de la défense selon Morgan Stanley. Cette prime de près de 45 % s’explique par la qualité perçue du dossier, la visibilité exceptionnelle du carnet de commandes (près de 50 Md€, soit plus de deux années de chiffre d’affaires sécurisées) et la profitabilité croissante.

La contrepartie de cette prime, c’est la faible marge d’erreur. À ces multiples, toute déception opérationnelle — notamment sur le segment Cyber & Digital, actuellement en difficulté — peut déclencher une correction sévère. L’exemple récent du recul du titre après des résultats pourtant supérieurs aux attentes illustre concrètement ce mécanisme.

Autre point à garder en tête : le rendement du dividende est modeste. Avec un dividende 2025 de 3,90 € par action (contre 3,70 € en 2024) et un cours autour de 256 euros, le rendement ressort à environ 1,5 %. Thales n’est donc pas une valeur de rendement classique. Le groupe verse un dividende régulier depuis plus de 30 ans, mais privilégie clairement le réinvestissement et la croissance. Le taux de distribution reste contenu à 40 % du Résultat Net Ajusté.

Ce que disent les analystes

Le consensus des bureaux d’études est globalement positif mais dispersé, ce qui reflète le débat sur la valorisation. Les objectifs de cours publiés depuis les résultats annuels s’étalent sur une fourchette large, entre 265 et 310 euros par action.

Parmi les avis récents : Jefferies maintient un conseil d’achat avec un objectif de 310 euros, Oddo BHF reste à « surperformance » avec un objectif inchangé à 305 euros, et Berenberg est plus prudent avec un conseil « conserver » et un objectif de 265 euros. AlphaValue/Baader Europe avait par ailleurs abaissé sa recommandation à « Reduce » début avril, soulignant le risque d’essoufflement après la forte hausse. L’objectif de cours moyen se situe autour de 290 à 295 euros, soit un potentiel de hausse d’environ 10 à 15 % par rapport au cours actuel selon les sources consultées.

Les risques spécifiques à connaître

Avant toute décision, il faut avoir en tête que Thales, malgré ses qualités, reste soumis à plusieurs risques identifiables. Les investissements en actions comportent un risque de perte en capital, et les performances passées ne préjugent pas des performances futures.

Le premier risque est le risque de valorisation évoqué plus haut. A 29 fois les bénéfices, tout ralentissement de la croissance peut se traduire par une contraction rapide du multiple. Le deuxième est le risque géopolitique inversé. Une désescalade rapide en Ukraine ou au Moyen-Orient, doublée d’un retour de la pression budgétaire sur les États européens, pourrait refroidir l’enthousiasme pour le secteur défense. Des annonces de progrès diplomatiques ont déjà fait reculer le titre ponctuellement ces derniers mois.

Le troisième risque est celui du segment Cyber & Digital, qui représente environ 17 % du chiffre d’affaires et reste stagnant depuis plusieurs trimestres (-0,9 % en organique sur 2025). La capacité de Thales à relancer cette activité sera un test important pour 2026-2027. Enfin, la concentration de l’actionnariat entre l’État et Dassault, si elle offre de la stabilité, réduit aussi la liquidité et la probabilité d’opérations capitalistiques susceptibles de revaloriser brutalement le titre.

⚠️ Point de vigilance

Thales a pris plus de 20 % en un mois début avril 2026 avant de se retourner. Les valeurs de défense ont connu des accès de volatilité marqués sur l’année écoulée, chaque annonce diplomatique ou évolution géopolitique pouvant déclencher des mouvements de 3 à 5 % en séance. L’horizon court terme reste techniquement tendu, avec un plafond identifié autour de 272 € et un support vers 245 €.

Comment acheter l’action Thales concrètement

Bonne nouvelle pour les épargnants français. L’action Thales (ISIN FR0000121329, ticker HO) est éligible au PEA, ce qui en fait un candidat intéressant pour une stratégie long terme dans une enveloppe fiscalement optimisée.

Trois options principales se présentent. Le PEA est l’enveloppe de référence pour un investissement long terme sur des actions européennes. Après 5 ans de détention, les plus-values sont exonérées d’impôt sur le revenu, seuls les prélèvements sociaux (18,6 % en 2026, dans l’attente des précisions de l’administration fiscale) restent dus. Le compte-titres ordinaire (CTO) reste plus flexible (pas de plafond, possibilité de fractionner les titres chez certains courtiers, accès à tous les marchés) mais les gains sont fiscalisés au PFU de 30 % (12,8 % d’impôt + 17,2 % de prélèvements sociaux, susceptibles d’évoluer selon la loi de financement 2026). Enfin, pour se diversifier sans s’exposer uniquement à Thales, il existe des ETF aérospatiale & défense européenne qui contiennent le titre dans un panier plus large.

Fiscalité du PEA en 2026. Après 5 ans, les plus-values et dividendes réinvestis dans le plan sont exonérés d’impôt sur le revenu ; seuls les prélèvements sociaux restent dus. Avant 5 ans, tout retrait entraîne la clôture du plan et l’imposition des gains au PFU de 30 %. L’article 12 de la loi de financement de la Sécurité sociale pour 2026 fixe de nouvelles règles pour les prélèvements sociaux : la fiche Service-Public sera mise à jour quand l’administration fiscale aura précisé les taux applicables.

Source : Service-Public.fr — Plan d’épargne en actions (PEA), vérifié le 20 février 2026

Notre analyse finale

Thales coche beaucoup de cases d’un dossier industriel de qualité : carnet de commandes record, rentabilité en hausse, bilan sain, exposition à des thématiques long terme (souveraineté européenne, cybersécurité, spatial), dividende stable depuis plus de 30 ans. Pour un investisseur qui construit un portefeuille diversifié sur 10 à 15 ans et cherche une exposition au secteur défense-aérospatial européen, le titre a toute sa place dans la réflexion.

Graphique financier imprimé avec tendance incertaine

Le problème — et il est réel — vient du prix à payer aujourd’hui. Après avoir plus que doublé en deux ans, Thales se paye cher par rapport à son secteur. Cela augmente mécaniquement le risque de déception. Dans ce contexte, l’approche qui nous semble la plus raisonnable combine trois principes : accumuler progressivement plutôt qu’entrer en une fois, privilégier l’enveloppe PEA pour l’horizon long, et garder une position mesurée (pas plus de 5 à 10 % d’un portefeuille actions) pour éviter une surexposition à un seul titre, aussi solide soit-il.

Reste une évidence : aucun analyste, aucun site, ne peut vous dire ce qu’il faut faire avec votre épargne. Les éléments ci-dessus vous donnent la matière pour trancher en connaissance de cause selon votre horizon, votre sensibilité au risque, et votre allocation existante. Si vous avez un doute sur la cohérence de cet investissement avec votre situation patrimoniale, un rendez-vous avec un professionnel agréé reste l’option la plus prudente.

Questions fréquentes

L’action Thales est-elle éligible au PEA ?

Oui, l’action Thales (code ISIN FR0000121329, ticker HO) est éligible au PEA. Elle l’est également au SRD (Service de Règlement Différé) pour les investisseurs souhaitant utiliser l’effet de levier. Le PEA reste l’enveloppe la plus avantageuse pour un investissement long terme sur ce titre, avec exonération d’impôt sur le revenu après 5 ans (les prélèvements sociaux restent dus).

Quel est le prochain dividende Thales ?

Pour l’exercice 2025, le Conseil d’administration a proposé un dividende de 3,90 € par action, correspondant à 40 % du Résultat Net Ajusté. Un acompte de 0,95 € a été versé le 4 décembre 2025, et le solde de 2,95 € sera mis en paiement le 20 mai 2026, sous réserve de l’approbation par l’Assemblée générale. Thales verse un dividende sans interruption depuis plus de 30 ans.

Pourquoi l’action Thales a-t-elle autant monté en 2025 ?

La hausse d’environ 66 % en 2025 s’explique par un triple catalyseur. La hausse durable des budgets de défense en Europe (objectif OTAN de 2 % du PIB, plans de réarmement nationaux), les résultats financiers supérieurs aux attentes avec un carnet de commandes record. IL y a aussi une revalorisation générale du secteur défense par les marchés qui l’ont requalifié comme valeur de « croissance visible » plutôt que simple cyclique.

Quelle est la différence entre acheter Thales en PEA ou en compte-titres ?

L’enveloppe change principalement la fiscalité. Sur PEA, après 5 ans, les plus-values et dividendes réinvestis sont exonérés d’impôt sur le revenu (seuls les prélèvements sociaux restent dus). Sur compte-titres, les gains sont imposés au PFU de 30 % (ou au barème progressif sur option). Le PEA est plafonné à 150 000 € de versements et limité aux actions européennes ; le compte-titres n’a ni plafond ni restriction géographique.

L’action Thales peut-elle continuer à monter ?

C’est précisément la question qui divise les analystes. Le consensus moyen vise 290-295 euros, soit une hausse potentielle de 10-15 % à horizon 12 mois, mais les objectifs de cours individuels s’étalent entre 265 € (vision prudente) et 310 € (vision optimiste). À court terme, le titre est encadré techniquement entre un support vers 245 € et une résistance autour de 272 €. La cassure de 272 € conditionnerait une nouvelle accélération haussière, mais la valorisation élevée limite le potentiel sans catalyseur fondamental supplémentaire.

Faut-il acheter Thales ou un ETF défense plutôt ?

Les deux approches sont défendables et ne s’excluent pas. Acheter Thales en direct permet de miser sur un acteur précis, avec le potentiel et le risque qui vont avec. Acheter un ETF aérospatiale & défense européen (comme l’Amundi STOXX Europe Defense UCITS ETF, mentionné par plusieurs analyses sectorielles) permet de diversifier sur un panier de valeurs et lisse le risque spécifique à une entreprise. Pour un investisseur débutant ou prudent, l’ETF constitue souvent un meilleur point d’entrée. En revanche, pour un investisseur plus avancé ayant une conviction forte sur Thales, le titre en direct offre plus de potentiel.

Sources

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Antoine Mercier

Investisseur particulier · Diplômé en économie (Dauphine)

Antoine investit depuis 12 ans et partage sur Placer Mon Argent ses analyses indépendantes pour vous aider à faire les bons choix financiers.