Depuis le virement de janvier 2026, des millions de retraités du privé ont constaté une baisse nette de leur pension complémentaire Agirc-Arrco, parfois de plusieurs dizaines d’euros par mois. La cause n’est pas une décision du régime lui-même, mais un changement de taux de CSG déclenché par votre avis d’impôt 2025. À cela s’ajoute un contexte inédit. Le gel de la valeur du point décidé le 17 octobre 2025, qui bloque toute revalorisation jusqu’au 1er novembre 2026.
Nous faisons le tri entre les vraies causes de cette baisse et la rumeur, largement relayée, d’une « chute massive en mars 2026 » qui concernerait 14 millions de retraités. Cette rumeur est fausse. Depuis 2026, l’ajustement des prélèvements sociaux est déjà intégré dès janvier, et plus en mars comme les années précédentes.
L’essentiel en une phrase. Si votre pension Agirc-Arrco a diminué en 2026, c’est parce que votre revenu fiscal de référence 2024 a dépassé un seuil de CSG, et que l’Agirc-Arrco applique désormais ce nouveau taux dès janvier, avec des prélèvements plus lourds sur votre pension brute qui elle n’a pas été revalorisée au 1er novembre 2025.
Source : Agirc-Arrco — Actualité du 17 décembre 2025 sur les prélèvements sociaux 2026La cause principale : un taux de CSG plus élevé en 2026
La retraite complémentaire Agirc-Arrco est versée en brut, puis trois prélèvements sociaux viennent la diminuer avant qu’elle n’arrive sur votre compte : la CSG (Contribution Sociale Généralisée), la CRDS (Contribution au Remboursement de la Dette Sociale) et la CASA (Contribution Additionnelle de Solidarité pour l’Autonomie). C’est très majoritairement la CSG qui explique la baisse que vous observez en 2026.
Le taux de CSG applicable à votre pension dépend d’un seul chiffre : votre revenu fiscal de référence, ou RFR. Chaque année, l’administration fiscale (DGFiP) transmet aux caisses de retraite, dont l’Agirc-Arrco, le taux à appliquer pour l’année civile suivante. En 2026, ce taux s’appuie sur votre RFR 2024, indiqué sur l’avis d’imposition reçu à l’été 2025. Selon votre situation, le basculement d’un taux à l’autre peut représenter plusieurs dizaines d’euros par mois.
Les quatre taux de CSG applicables en 2026
La CSG sur les pensions fonctionne par tranches. En 2026, quatre taux coexistent : exonération totale (0 %), taux réduit (3,8 %), taux médian (6,6 %) et taux normal (8,3 %). La CRDS (0,5 %) s’ajoute dès que vous êtes au taux réduit, et la CASA (0,3 %) s’applique à partir du taux médian. Cumulés, les prélèvements sociaux peuvent atteindre 9,1 % de votre pension brute.
Seuils RFR 2024 — France métropolitaine, 1 part fiscale. Exonération jusqu’à 13 048 €. Taux réduit (3,8 %) de 13 049 € à 17 057 €. Taux médian (6,6 %) de 17 058 € à 26 468 €. Taux normal (8,3 %) au-delà de 26 468 €. Pour un couple (2 parts fiscales) : exonération jusqu’à 20 016 €, taux réduit jusqu’à 26 167 €, taux médian jusqu’à 40 604 €, taux normal au-delà. Ces seuils ont été revalorisés de 1,8 % par rapport à 2025.
Source : Lettre interministérielle du 11 décembre 2025 — Barème CSG 2026Un exemple chiffré pour comprendre l’impact
Prenons le cas d’un retraité seul qui percevait en 2025 une pension complémentaire Agirc-Arrco de 1 500 € bruts par mois. Avec un RFR 2023 de 16 800 € (taux réduit à 3,8 %), il était prélevé de 4,3 % au total (CSG + CRDS), soit 64,50 € par mois. Sa pension nette atteignait 1 435,50 €.
En 2026, son RFR 2024 passe à 17 500 €, ce qui le fait basculer au taux médian de CSG (6,6 %). Les prélèvements totaux passent à 7,4 % (CSG + CRDS + CASA), soit 111 € par mois. Sa pension nette tombe à 1 389 €. La perte est de 46,50 € par mois, soit 558 € par an — alors que sa pension brute n’a pas bougé. Un dépassement de seuil de quelques centaines d’euros sur le RFR peut donc coûter plusieurs centaines d’euros nets par an.
La rumeur de la « baisse de mars 2026 » : pourquoi elle est fausse
Depuis février 2026, de nombreux sites ont relayé l’idée qu’une baisse de 150 € frapperait 14 millions de retraités lors du virement du 2 mars. Ces articles décrivent un mécanisme réel (le rattrapage rétroactif sur janvier et février), mais appliquent les règles des années précédentes à un calendrier qui a changé en 2026. L’Agirc-Arrco et MoneyVox ont rapidement démenti cette information.
⚠️ À ne pas confondre
Jusqu’en 2025, l’Agirc-Arrco recevait les données fiscales via la CNAV et appliquait les nouveaux taux de CSG en mars, avec un rattrapage sur janvier et février. Depuis 2026, la DGFiP transmet les données directement à l’Agirc-Arrco dès fin octobre. Résultat : les nouveaux taux s’appliquent dès le versement de janvier 2026. Si votre pension a diminué, c’est donc sur vos virements de janvier et février — pas en mars. Il n’y aura pas de rattrapage supplémentaire.
Concrètement, si vous avez subi une hausse de taux de CSG pour 2026, vous l’avez déjà constatée sur le virement du 2 janvier 2026. Le versement de mars 2026, comme celui d’avril ou de mai, reflète simplement le nouveau taux appliqué toute l’année. Selon moi, la confusion vient d’articles générés par IA qui ont recyclé les règles de 2024 et 2025 sans vérifier que le calendrier avait changé.

Le gel de la valeur du point : l’autre cause de la stagnation
Il existe une seconde raison pour laquelle votre retraite Agirc-Arrco vous semble « plus faible » en 2026. Votre pension brute n’a pas été revalorisée au 1er novembre 2025, pour la première fois depuis plusieurs années. Le 17 octobre 2025, le conseil d’administration paritaire de l’Agirc-Arrco n’a pas trouvé d’accord entre les organisations patronales (qui proposaient une hausse minimale de 0,2 %) et les syndicats (qui demandaient davantage). Faute de compromis, la valeur du point reste bloquée à 1,4386 € jusqu’au 1er novembre 2026.
Ce gel signifie que votre pension brute n’a pas progressé d’un centime en 13 mois, alors que l’inflation est estimée à environ 1,6 % pour 2026. Pour un retraité percevant 600 € par mois de complémentaire, la perte de pouvoir d’achat représente environ 115 € sur l’année. Pour une pension de 1 500 €, elle approche 290 € annuels. Cette perte se cumule avec la hausse éventuelle de CSG si vous avez changé de tranche.
Historique de la valeur du point Agirc-Arrco. +1 % au 1er novembre 2021, +5,12 % au 1er novembre 2022, +4,9 % au 1er novembre 2023, +1,6 % au 1er novembre 2024, puis 0 % au 1er novembre 2025. Le point reste fixé à 1,4386 € jusqu’au 1er novembre 2026. La valeur d’achat du point (pour les actifs qui cotisent) reste également bloquée à 20,1877 €.
Source : Agirc-Arrco — Communiqué du 17 octobre 2025Le mécanisme de lissage : une protection partielle
Tous les retraités qui franchissent un seuil de RFR ne subissent pas automatiquement la hausse de CSG l’année suivante. La loi prévoit un dispositif de lissage qui retarde la hausse d’un an dans un cas précis. Comprendre ce mécanisme peut vous éviter une mauvaise surprise, ou vous permettre de contester une erreur.
Le lissage fonctionne uniquement pour le passage du taux réduit (3,8 %) au taux médian (6,6 %). Concrètement, si vous étiez au taux réduit et que votre RFR 2024 dépasse le plafond pour la première fois, votre taux reste à 3,8 % pendant encore un an. Vous ne passerez à 6,6 % qu’à partir de 2027, et seulement si votre RFR 2025 confirme le dépassement. Un dépassement ponctuel (héritage, revenu exceptionnel) ne suffit donc pas à déclencher la hausse.
Attention, ce lissage ne s’applique pas partout. Le passage de l’exonération au taux réduit (de 0 % à 3,8 %) est immédiat, sans lissage. Le passage du taux médian au taux normal (de 6,6 % à 8,3 %) est également immédiat. À l’inverse, toute baisse de taux est effective immédiatement dès que votre RFR passe sous un seuil, sans attendre deux ans.
⚠️ Point de vigilance
Le lissage n’est pas automatique dans tous les cas. Si vous pensez être éligible mais que votre nouveau taux a été appliqué malgré tout, vérifiez vos deux dernières années de RFR. Seul le franchissement du seuil taux réduit vers taux médian bénéficie du lissage sur deux années consécutives. Pour les autres basculements, aucun recours n’est possible. Vous pouvez contester auprès de votre caisse en présentant vos avis d’imposition 2024 et 2025.
Comment vérifier vous-même la raison de la baisse
Si votre pension a diminué en janvier 2026, la meilleure façon de comprendre est de croiser trois informations. Le nouveau taux de CSG indiqué sur votre relevé de pension Agirc-Arrco, le RFR 2024 figurant sur votre avis d’imposition 2025, et votre RFR 2023 sur l’avis 2024. Vous pouvez retrouver votre RFR à la page 2 de l’avis d’imposition, ligne 25.
Connectez-vous à votre espace personnel Agirc-Arrco pour consulter votre taux de prélèvements sociaux actuel. Comparez-le à celui de décembre 2025. Si le taux a changé, reportez-vous au barème CSG 2026 (voir encart plus haut) et vérifiez dans quelle tranche votre RFR 2024 vous place. Dans 9 cas sur 10, la baisse s’explique par un franchissement de seuil. L’Assurance retraite propose un simulateur en ligne gratuit sur son site pour estimer votre taux.
J’ai accompagné mes parents dans leur départ en retraite il y a trois ans. Ce qui m’a frappé, c’est l’effet de seuil : un RFR qui dépasse de 200 € à peine la tranche supérieure déclenche la même hausse qu’un dépassement de 2 000 €. C’est un vrai défaut du système. La seule marge de manœuvre réside dans l’optimisation des revenus de l’année N-2 : retirer un PEA après 5 ans ne compte pas dans le RFR, une rente viagère partiellement oui. Anticiper en amont du départ en retraite permet parfois d’éviter le basculement.

Que faire si la baisse vous semble injustifiée ?
Si après vérification, votre RFR 2024 ne justifie pas le nouveau taux appliqué, vous pouvez contester la décision. Trois étapes à suivre dans l’ordre. Commencez par contacter directement votre caisse Agirc-Arrco (le numéro figure sur votre relevé annuel) avec une copie de votre avis d’imposition 2025. Une erreur de transmission des données DGFiP vers la caisse est possible, notamment en cas de changement de situation familiale récent (décès du conjoint, divorce, naissance d’un enfant rattaché).
Si la caisse maintient sa décision, demandez par écrit une révision motivée en vous appuyant sur le barème CSG 2026 et sur le principe de lissage si applicable. En dernier recours, vous pouvez saisir l’administration fiscale pour vérifier votre RFR. Il arrive qu’un revenu exceptionnel (plus-value immobilière, indemnité de départ) ait été comptabilisé à tort comme revenu courant.
Quelles perspectives pour 2027 ?
La prochaine négociation paritaire sur la valeur du point Agirc-Arrco est prévue en octobre 2026, pour une éventuelle revalorisation au 1er novembre 2026. Les syndicats de retraités plaideront pour un rattrapage compte tenu de l’inflation cumulée 2025-2026 et du niveau excédentaire des réserves du régime (environ 78 milliards d’euros fin 2026 selon l’Agirc-Arrco). Le patronat restera attentif à la soutenabilité long terme. Selon nous, une revalorisation est probable mais restera modérée, probablement en dessous de l’inflation constatée.
Côté CSG, les seuils 2027 seront publiés fin 2026 et s’appuieront sur votre RFR 2025 (avis d’imposition 2026). Si vos revenus ont baissé en 2025 — par exemple suite à la vente d’un bien générant un revenu foncier, ou l’arrêt d’une activité de consultant après la retraite — vous pourriez retrouver un taux de CSG plus favorable dès janvier 2027. La baisse de taux étant immédiate, elle n’attend pas le lissage.
Questions fréquentes
Tous les retraités Agirc-Arrco ont-ils vu leur pension baisser en 2026 ?
Non. Seuls les retraités dont le RFR 2024 a franchi un seuil de CSG subissent une baisse liée aux prélèvements sociaux. Pour les autres, la pension nette reste identique à décembre 2025 en valeur absolue. En revanche, tous les 14 millions de retraités Agirc-Arrco sont affectés par le gel de la valeur du point. Leur pension brute stagne depuis novembre 2024, ce qui représente une perte de pouvoir d’achat face à l’inflation.
La baisse de mars 2026 va-t-elle bien avoir lieu ?
Non, pas sous la forme décrite par certains sites. L’Agirc-Arrco a confirmé dans une actualité de mi-décembre 2025 que les ajustements de taux de CSG sont désormais appliqués dès janvier, et non plus en mars. Si votre pension doit baisser en 2026, elle a déjà baissé sur le virement du 2 janvier. Le versement du 2 mars 2026 ne contient aucune baisse supplémentaire liée aux prélèvements sociaux, ni de rattrapage rétroactif sur janvier-février.
Puis-je être exonéré de CSG si je suis non-imposable ?
L’exonération de CSG ne dépend pas de votre imposition mais uniquement de votre revenu fiscal de référence. En 2026, un retraité seul (1 part fiscale) en métropole est exonéré de CSG, CRDS et CASA si son RFR 2024 ne dépasse pas 13 048 €. Pour un couple (2 parts), le plafond est de 20 016 €. Vous pouvez être non-imposable et rester soumis à la CSG au taux réduit ou médian, les deux barèmes étant indépendants. Les bénéficiaires de l’ASPA (ex-minimum vieillesse) sont automatiquement exonérés.
Le gel de la valeur du point va-t-il être rattrapé ?
Rien ne l’impose. L’accord national interprofessionnel 2023-2026 qui régit les revalorisations Agirc-Arrco ne prévoit aucun mécanisme de rattrapage automatique. La décision d’octobre 2026 sera prise indépendamment du gel de 2025. Le régime étant financièrement excédentaire, un rattrapage partiel est envisageable, mais il dépendra de la capacité des partenaires sociaux à trouver un accord. Ce qui n’a pas été le cas en 2025.
La CSG est-elle déductible de mes impôts ?
Partiellement. Au taux réduit (3,8 %), la CSG est entièrement déductible du revenu imposable. Au taux médian (6,6 %), 4,2 points sur 6,6 sont déductibles. Par ailleurs, au taux normal (8,3 %), 5,9 points sur 8,3 le sont. La CRDS (0,5 %) et la CASA (0,3 %) ne sont jamais déductibles. Cette déductibilité atténue une partie de l’impact de la hausse de CSG pour les retraités imposables.
Sources
Agirc-Arrco — Hausse ou baisse des prélèvements sociaux sur votre retraite 2026 — Actualité publiée le 17 décembre 2025.
Agirc-Arrco — Communiqué du conseil d’administration du 17 octobre 2025 — Décision de non-revalorisation au 1er novembre 2025.
L’Assurance retraite — Prélèvements sociaux en 2026 : augmentation des seuils — Barème officiel de CSG et mécanisme de lissage.
Service des Retraites de l’État — Prélèvements sociaux et exonérations sur les pensions — Cadre réglementaire CSG, CRDS et CASA.
Code de la Sécurité sociale — Article L136-1-2 (exonération de CSG), article L136-8 (taux applicables) et article L137-41 (CASA).
Lettre interministérielle du 11 décembre 2025 — Barème 2026 des prélèvements sociaux sur les pensions de retraite.
MoneyVox — Pourquoi votre retraite Agirc-Arrco ne baissera pas en mars 2026 — Démenti officiel avec réponse Agirc-Arrco.