Le private equity est également connu sous le terme capital-investissement. Il désigne l’investissement en capital dans des entreprises qui ne sont pas cotées en bourse. En pratique, un fonds spécialisé rachète des parts de PME ou d’ETI, les accompagne pendant 5 à 10 ans, puis revend sa participation pour générer une plus-value.
Longtemps réservé aux investisseurs institutionnels, ce placement est aujourd’hui accessible aux épargnants particuliers via l’assurance-vie, le PER ou directement par des fonds grand public. Depuis l’entrée en vigueur de la loi Industrie verte en octobre 2024, une part de non coté est même devenue obligatoire dans les contrats en gestion pilotée pour les profils équilibrés et dynamiques.
Je vous explique ci-dessous ce qu’est précisément le private equity, comment il fonctionne, qui peut y investir et surtout à quelles conditions. En effet, cette classe d’actifs reste classée 7 sur 7 sur l’échelle de risque AMF. C’est un point qu’aucun épargnant ne devrait ignorer.
Private equity : la définition en une phrase
Le private equity est un mode d’investissement qui consiste à prendre une participation au capital d’une société non cotée en bourse, via un fonds spécialisé, dans l’objectif de revendre cette participation quelques années plus tard avec une plus-value.
Le terme s’oppose directement au public equity, qui désigne les actions cotées sur les marchés boursiers comme Euronext. La différence tient à un mot : public. Les titres cotés sont négociés en continu sur un marché réglementé et accessibles à tous. Les titres de private equity, eux, s’échangent de gré à gré, entre un nombre restreint d’acteurs, et ne bénéficient pas d’un marché secondaire organisé.
L’Autorité des marchés financiers retient la même définition dans son guide officiel : faire du capital-investissement consiste à prendre une participation dans une société non cotée en bourse, à tout moment de sa vie — création, développement, transmission ou retournement.
Capital-investissement = private equity. Les deux termes sont strictement synonymes en français. L’usage anglo-saxon domine dans les médias et les documents commerciaux, le terme français est retenu par l’AMF et les textes réglementaires. C’est cette classe d’actifs qui regroupe le venture capital, le capital-développement, le LBO et le capital-retournement.
Source : AMF — Guide des fonds de capital-investissementComment fonctionne concrètement un investissement en private equity
Le mécanisme repose sur trois acteurs : les investisseurs (appelés limited partners ou LPs), qui apportent l’argent ; la société de gestion (general partner ou GP), qui sélectionne les entreprises et pilote les investissements ; et les entreprises cibles, qui reçoivent les capitaux pour financer leur croissance.

Le cycle de vie d’un fonds de private equity se déroule typiquement en trois phases sur 8 à 10 ans. Pendant les deux premières années, le fonds lève des capitaux puis les déploie progressivement — c’est la période d’investissement. Viennent ensuite 3 à 5 années de gestion active : la société de gestion accompagne les dirigeants sur la stratégie, la structuration financière, les recrutements clés et la transformation opérationnelle. La dernière phase, dite de désinvestissement, consiste à revendre les participations pour restituer les capitaux aux investisseurs.
La sortie se fait de trois manières principales : cession à un industriel, cession à un autre fonds, ou introduction en bourse (IPO). En 2024, la cession industrielle et le rachat par un autre fonds restent les voies de sortie majoritaires en France, les IPO étant plus rares dans un marché boursier peu porteur.
⚠️ La courbe en J
Les premières années d’un fonds de private equity affichent souvent un rendement faible ou négatif. C’est ce qu’on appelle la courbe en J : les frais de gestion s’imputent immédiatement alors que les plus-values n’apparaissent qu’à la revente des participations, plusieurs années plus tard. Il est normal de voir la valeur liquidative de vos parts baisser les 2-3 premières années. Ce phénomène est particulièrement marqué en capital-risque, moins en capital-développement.
Les quatre grandes stratégies de private equity
Le private equity n’est pas une classe d’actifs homogène. Selon le stade de développement de l’entreprise ciblée, on distingue quatre grandes stratégies, chacune avec son profil rendement-risque propre.
Le capital-risque (ou venture capital) finance des start-up en amorçage ou en phase de croissance initiale. C’est le segment le plus risqué — les entreprises financées n’ont souvent pas encore atteint la rentabilité — mais aussi celui qui peut générer les plus gros multiples en cas de succès. Le capital-développement (ou growth capital) accompagne des PME déjà rentables qui ont besoin de fonds pour accélérer leur croissance organique ou externe.
Le capital-transmission (ou LBO, pour Leveraged Buy-Out) est le segment dominant du marché français, avec 17,1 milliards d’euros investis en 2024. Il consiste à racheter une entreprise mature en combinant apport en fonds propres et dette bancaire, le remboursement de cette dette étant assuré par les flux de trésorerie de l’entreprise. Le capital-retournement (ou distressed) cible des sociétés en difficulté, qu’il s’agit de redresser — un segment marginal en France (moins de 2% des opérations) mais très technique.
Chiffres clés du private equity français 2024. 26 milliards d’euros investis (+16% vs 2023) dans 2 692 entreprises, hors infrastructures. Le capital-transmission reste le segment dominant (17,1 Md€), suivi du capital-développement, du venture & growth et du capital-retournement. L’encours total sous gestion atteint environ 135 milliards d’euros en 2025.
Source : France Invest / Grant Thornton — Activité du capital-investissement français 2024Quelle performance attendre du private equity
C’est l’argument principal mis en avant par les commercialisateurs : le capital-investissement français affiche historiquement des rendements supérieurs aux marchés cotés. Selon la 31e édition de l’étude France Invest / EY publiée en juillet 2025, le TRI net du capital-investissement français atteint 12,4% par an sur 10 ans à fin 2024, contre 8,9% pour le CAC 40 dividendes réinvestis et 8,3% pour le CAC All Tradable sur la même période.
Deux précisions importantes. D’abord, cette performance est nette de frais de gestion et de carried interest, mais elle concerne majoritairement des fonds institutionnels — les fonds distribués aux particuliers affichent des performances plus modestes. Selon une étude de l’AMF à fin 2023, les FCPR disponibles en assurance-vie et PER affichent une performance annuelle de seulement 2,40% depuis leur création. Les FIP et FCPI, fonds fiscalement avantageux, présentent même un TRI négatif (-2,4% et -1,1% respectivement).
Ensuite, la dispersion des performances est énorme. Le quartile supérieur des fonds affiche un TRI moyen de 23,5%, mais 25% des fonds se situent sous les 4,2%. Autrement dit, la performance moyenne du private equity est tirée par les meilleurs fonds, et sélectionner le bon gérant compte autant que choisir la classe d’actifs elle-même.
⚠️ Point de vigilance AMF
Le private equity est classé 7 sur 7 sur l’échelle de risque AMF, soit le niveau maximal. L’investisseur s’expose à une perte totale ou partielle du capital, et cette classe d’actifs n’entre pas dans le périmètre de la garantie des dépôts du FGDR. Les investissements en capital-investissement comportent un risque de perte en capital.
Comment un particulier peut investir en private equity
Trois voies d’accès coexistent, avec des tickets d’entrée et des profils de risque très différents.
La voie la plus accessible
Elle passe par l’assurance-vie ou le PER : vous souscrivez à des unités de compte adossées à des fonds de private equity, via votre contrat classique. Le ticket d’entrée peut descendre à 1 000 € sur certains supports (comme le FCPR Isatis Capital Vie & Retraite référencé par Generali chez Linxea), et la fiscalité de l’enveloppe s’applique aux plus-values. C’est aussi cette voie qui a été rendue obligatoire par la loi Industrie verte pour les profils équilibrés et dynamiques en gestion pilotée.
La voie intermédiaire
Elle consiste à souscrire directement des parts de FCPR, FCPI ou FIP en compte-titres. Les FCPR sont accessibles dès 3 000 €, les FCPI et FIP dès 1 000 €. Les FCPI et FIP offrent une réduction d’impôt sur le revenu (jusqu’à 18% du montant investi sous conditions), les plus-values étant exonérées après 5 ans de détention — mais les prélèvements sociaux de 17,2% restent dus dans tous les cas.
La voie réservée aux investisseurs avertis
C’est celle des FPCI (Fonds Professionnels de Capital-Investissement), avec un ticket d’entrée minimum de 100 000 €. Ces fonds offrent un accès plus direct aux stratégies institutionnelles mais sont conditionnés à une qualification de l’investisseur.
Loi Industrie verte — ce qui a changé depuis octobre 2024. Les contrats d’assurance-vie et PER en gestion pilotée doivent désormais intégrer une part minimale d’actifs non cotés : 4% minimum pour un profil équilibré et 8% minimum pour un profil dynamique. Les profils prudents et les contrats en gestion libre ne sont pas concernés. L’objectif affiché du gouvernement est de flécher l’épargne des Français vers le financement des PME et de la transition écologique.
Source : Loi n° 2023-973 du 23 octobre 2023 relative à l’industrie verte, arrêté du 1er juillet 2024Les trois types de fonds grand public : FCPR, FCPI, FIP
Si vous investissez en private equity en tant que particulier en direct, vous passerez dans la quasi-totalité des cas par l’un de ces trois véhicules agréés par l’AMF. Leur logique est similaire mais leurs règles d’allocation et leur fiscalité diffèrent nettement.
Les FCPR (Fonds Communs de Placement à Risques) doivent être investis à 50% minimum en titres non cotés. Ce sont les plus répandus en assurance-vie. Leurs plus-values sont exonérées d’impôt sur le revenu après 5 ans de détention, sous condition de réinvestissement des revenus. Les prélèvements sociaux de 17,2% restent dus.
Les FCPI (Fonds Communs de Placement dans l’Innovation) sont investis à 60% minimum dans des sociétés innovantes non cotées. Ils offrent une réduction d’IR de 18% du montant investi (plafonné à 12 000 € pour une personne seule, 24 000 € pour un couple), en contrepartie d’une durée de conservation minimale de 5 ans. Les FIP (Fonds d’Investissement de Proximité) suivent le même principe mais sont investis à 60% minimum dans des PME régionales.
⚠️ Erreur fréquente sur les FCPI / FIP
Beaucoup d’épargnants souscrivent un FCPI ou un FIP uniquement pour la réduction d’impôt, sans regarder la performance historique de ces fonds. Or l’AMF a constaté à fin 2023 un TRI moyen négatif sur ces véhicules (-1,1% pour les FCPI, -2,4% pour les FIP). Une économie d’impôt de 18% à l’entrée peut être largement effacée par une perte en capital à la sortie. Lisez systématiquement le DIC et la notice du fonds avant de signer.
Avantages et limites : ce qu’il faut peser honnêtement
Sur le papier, le private equity coche plusieurs cases intéressantes pour une épargne de long terme : un potentiel de rendement historiquement supérieur aux marchés cotés, une décorrélation partielle des marchés boursiers (la valorisation est trimestrielle, pas quotidienne), un impact sur l’économie réelle en finançant des PME françaises, et une diversification patrimoniale que ne procurent ni les livrets ni les actions cotées.
Les contreparties sont réelles. L’illiquidité d’abord : votre argent est bloqué 5 à 10 ans, avec des sorties anticipées souvent impossibles ou très coûteuses. Les frais ensuite : les fonds grand public prélèvent typiquement entre 2% et 4% de frais annuels, soit un poids considérable sur 10 ans. Enfin le risque de perte totale : contrairement au fonds euro d’une assurance-vie, le capital investi n’est jamais garanti.
À titre personnel, je considère que le private equity peut avoir sa place dans un patrimoine déjà diversifié et suffisamment doté — typiquement au-delà de 50 000 € d’épargne financière constituée, avec une épargne de précaution solide et des placements plus liquides en parallèle. En dessous, le blocage de 8 à 10 ans d’une part significative de vos avoirs fait courir un risque d’illiquidité disproportionné par rapport à la prime de rendement espérée.
Fiscalité du private equity pour un particulier
La fiscalité dépend directement du véhicule choisi. Trois cas de figure à connaître.
En détention directe via un compte-titres, les plus-values de cession de parts de FCPR sont exonérées d’impôt sur le revenu après 5 ans de détention, à condition que les produits soient réinvestis dans le fonds. Les prélèvements sociaux de 17,2% restent dus. Pour les FCPI et FIP, s’ajoute à l’exonération des plus-values une réduction d’IR de 18% à l’entrée, plafonnée (souscription maximale de 12 000 € pour une personne seule, 24 000 € pour un couple), sous réserve de conserver les parts 5 ans minimum.
En assurance-vie, les gains générés par les unités de compte private equity relèvent de la fiscalité de l’enveloppe. En cas de rachat après 8 ans, vous bénéficiez du taux réduit de 7,5% d’IR (plus les 17,2% de prélèvements sociaux) et de l’abattement annuel de 4 600 € (9 200 € pour un couple). Avant 8 ans, les gains sont soumis au PFU de 30%. Le PER suit une logique similaire, avec en plus la déductibilité des versements du revenu imposable à l’entrée.
Prélèvements sociaux toujours dus. Même lorsque les plus-values de private equity bénéficient d’une exonération d’impôt sur le revenu (cas des FCPR après 5 ans ou de l’assurance-vie après 8 ans dans la limite des abattements), les prélèvements sociaux au taux de 17,2% s’appliquent dans tous les cas. C’est un élément à intégrer dans tout calcul de rendement net.
Source : Service-Public.fr — Prélèvements sociaux sur les revenus du capital
Private equity : pour quel profil d’investisseur
Aucun produit financier n’est universel, et le private equity moins que d’autres. Voici les profils pour lesquels cette classe d’actifs peut avoir du sens, et ceux pour lesquels elle n’en a pas.
Le private equity peut être pertinent pour un épargnant ayant un horizon d’au moins 8 à 10 ans, un patrimoine financier constitué (au-delà de 50 000 €), une épargne de précaution solide, et qui accepte explicitement le risque de perte en capital et l’illiquidité. Il peut aussi intéresser les contribuables fortement imposés qui cherchent à combiner diversification et réduction d’impôt via les FCPI ou FIP — avec une vigilance sur la qualité intrinsèque du fonds choisi.
Il n’est pas adapté pour une épargne de précaution, une épargne de court ou moyen terme (moins de 8 ans), un investisseur qui a besoin de pouvoir récupérer ses fonds à tout moment, ou un épargnant dont le patrimoine est principalement composé d’immobilier résidentiel sans coussin financier liquide. Dans ces cas, un Livret A, un fonds euro ou un PEA rempli d’ETF diversifiés remplissent mieux le rôle.
Questions fréquentes
Le private equity et le venture capital, c’est la même chose ?
Non, le venture capital (capital-risque) est un segment du private equity, pas une classe d’actifs distincte. Le private equity regroupe tout l’investissement en capital dans des sociétés non cotées, du financement de start-up en amorçage (venture capital) jusqu’au rachat d’entreprises matures par effet de levier (capital-transmission ou LBO). Le venture capital est la sous-catégorie la plus risquée et la plus médiatisée du private equity.
Combien faut-il pour investir en private equity aujourd’hui ?
Le ticket d’entrée varie considérablement selon le véhicule. Via l’assurance-vie, certains FCPR sont accessibles dès 1 000 €. En direct sur un compte-titres, un FCPI ou un FIP est accessible dès 1 000 € également, un FCPR dès 3 000 €. Les fonds professionnels (FPCI) imposent en revanche un minimum de 100 000 € et sont réservés aux investisseurs avertis. La démocratisation récente du marché a fait baisser les tickets d’entrée, mais le conseil reste de n’investir qu’une fraction de son patrimoine financier.
Peut-on récupérer son argent avant la fin du fonds ?
En détention directe, non : les parts de FCPR, FCPI et FIP sont en pratique non cessibles pendant toute la durée de vie du fonds (5 à 10 ans). Vous ne récupérez votre argent qu’au moment de la liquidation finale du fonds. En assurance-vie, un arbitrage est techniquement possible car la liquidité est prise en charge par l’assureur, mais plusieurs contrats imposent des frais de pénalité en cas de sortie anticipée ou des fenêtres de rachat spécifiques. Lisez attentivement les conditions générales avant de souscrire.
La loi Industrie verte m’oblige-t-elle vraiment à investir en private equity ?
Seulement si vous avez un contrat d’assurance-vie ou un PER en gestion pilotée, et seulement sur les profils équilibré (4% minimum en non coté) ou dynamique (8% minimum). Les contrats en gestion libre ne sont pas concernés : vous gardez le contrôle total de votre allocation. Les profils prudents ne sont pas concernés non plus. Si vous avez un contrat en gestion pilotée et que vous ne souhaitez pas cette exposition, vous pouvez passer sur un profil prudent ou basculer en gestion libre.
Comment savoir si un fonds de private equity est sérieux ?
Deux réflexes avant toute souscription. D’abord, vérifier que le fonds est agréé par l’AMF : son numéro d’agrément doit figurer dans le DIC (Document d’Informations Clés). Ensuite, lire le DIC et le règlement du fonds — en particulier les sections sur la durée, les frais (frais d’entrée, frais de gestion annuels, commission de surperformance), la stratégie d’investissement et les facteurs de risque. Un agrément AMF ne garantit pas la performance future du fonds, mais il atteste que le véhicule est conforme à la réglementation et que la société de gestion est autorisée à exercer. Consultez aussi la liste noire de l’AMF pour vérifier que ni le fonds ni sa société de gestion n’y figurent.
Sources
Autorité des marchés financiers — Guide sur les fonds de capital-investissement (FCPR, FCPI, FIP)
France Invest / EY — Étude sur la performance nette du capital-investissement français à fin 2024 (juillet 2025)
France Invest / Grant Thornton — Activité du capital-investissement français 2024 et S1 2025
Service-Public.fr — Fiscalité des FCPR, FCPI, FIP et prélèvements sociaux
Legifrance — Loi n° 2023-973 du 23 octobre 2023 relative à l’industrie verte
AMF — Rapport Private Equity : état des lieux et vulnérabilités (septembre 2023) et étude performance des FCPR en assurance-vie (janvier 2025)


