Les pires assurances-vie du marché français partagent trois signaux d’alerte : des frais sur versement supérieurs à 3%, un univers d’investissement limité aux fonds maison de l’assureur, et un rendement du fonds euro durablement sous la moyenne du marché. Ces contrats sont concentrés chez les banques de réseau (BNP, LCL, Crédit Agricole, Société Générale) et certaines compagnies traditionnelles (AXA, Allianz, Generali).
En France, l’assurance-vie reste le placement préféré des ménages, avec une collecte nette record de 44 milliards d’euros en 2025. Mais derrière cette enveloppe fiscale unique, tous les contrats ne se valent pas. J’ai analysé les 12 critères qui séparent une bonne assurance-vie d’un contrat médiocre. Voici concrètement comment identifier — puis corriger — les pires contrats actuellement commercialisés.
Les 3 critères des pires assurances-vie. Un contrat est considéré comme à éviter quand il cumule : des frais sur versement > 2%, des frais de gestion sur unités de compte > 1%/an, et un univers de supports restreint aux fonds maison de l’assureur (pas d’ETF, peu ou pas de SCPI). Sur 10 000€ investis, 4% de frais d’entrée représentent 400€ perdus avant même que votre épargne ne travaille.
Source : ACPR — Rapport sur les pratiques commerciales assurance-vieLes 5 caractéristiques d’une mauvaise assurance-vie
Avant de nommer des contrats, il faut comprendre les mécanismes qui détruisent votre rendement. Une mauvaise assurance-vie accumule généralement plusieurs de ces défauts, rarement un seul isolé.
1. Des frais sur versement élevés
Les frais sur versement (aussi appelés frais d’entrée ou de souscription) sont prélevés sur chaque somme que vous versez sur votre contrat. Sur les contrats des banques de réseau, ils peuvent atteindre 4,75%, voire 4,85% sur certains contrats AXA. Concrètement, sur un versement de 50 000€, ce sont 2 375€ à 2 425€ qui partent immédiatement en frais, avant tout rendement.
Les courtiers en ligne appliquent 0% de frais sur versement, sans exception. Un contrat qui prélève encore 3% ou 4% à l’entrée en 2026 est techniquement dépassé, quelle que soit sa marque.
2. Des frais de gestion qui grignotent la performance
Les frais de gestion annuels s’appliquent chaque année sur la totalité de l’encours. La différence entre 0,5% et 1,5% de frais paraît modeste en apparence. En revanche sur 20 ans, elle représente plusieurs dizaines de milliers d’euros. Sur 100 000€ placés à 4% brut pendant 20 ans, vous obtenez environ 195 000€ avec 0,5% de frais contre 161 000€ avec 1,5% de frais.
Le contrat Avenir Retraite de BNP Paribas a été relevé avec des frais de gestion pouvant atteindre 1,55% sur le fonds en euros. Un niveau quasi unique sur le marché français. Sur les bons contrats en ligne, ces frais descendent à 0,50% à 0,75% maximum.
3. Un univers d’investissement verrouillé
Les pires contrats limitent vos choix aux fonds maison de l’assureur ou de sa filiale. Chez AXA notamment, la plupart des contrats grand public ne donnent pas accès aux ETF (trackers indiciels). Ces derniers sont pourtant 5 à 10 fois moins chers que les OPCVM classiques. Même logique chez BNP Multiplacements 2. Le contrat propose plus de 110 fonds, mais pas d’ETF à frais réduits, ce qui oblige à se rabattre sur des OPCVM à 1% à 2,5% de frais annuels.
Un bon contrat 2026 doit proposer au minimum 25 ETF et 15 SCPI pour permettre une diversification cohérente à faible coût.
⚠️ Erreur fréquente
Comparer uniquement les frais de gestion du contrat sans regarder les frais des supports est une erreur classique. Un contrat affichant 0,60% de frais de gestion mais ne proposant que des OPCVM à 1,8%/an coûte au total 2,40%/an. Un contrat à 0,75% avec accès ETF à 0,25% coûte 1%/an. La bonne métrique, c’est le coût total (contrat + supports) — il ne devrait jamais dépasser 2,60% par an tous frais inclus.

4. Des frais d’arbitrage punitifs
Les frais d’arbitrage sont prélevés à chaque fois que vous modifiez la répartition de votre portefeuille. Sur certains contrats bancaires, ils atteignent 1% du montant arbitré, notamment sur Caisse d’Épargne Millevie Initiale 2 ou BNP Multiplacements 2. Cette pratique décourage la réallocation et fige votre épargne dans une allocation qui peut devenir sous-optimale avec le temps.
Les contrats modernes proposent des arbitrages gratuits, illimités, via leur interface en ligne.
5. Un rendement du fonds euro sous la moyenne
Le taux moyen servi sur les fonds en euros en 2024 s’est établi à environ 2,5%, et à 2,65% en 2025 selon les données ACPR. Les contrats les mieux positionnés ont servi entre 3,5% et 4,25% (avec part d’UC). Les contrats AXA grand public (Arpèges, Excelium, Privilège) ont servi entre 2,00% et 3,30% en 2024, avec un plancher à 2,00% pour les contrats les moins dotés en UC. Le fonds Global Euro d’AXA a affiché 2,00% en 2023, sous la moyenne du marché.
Quels sont les contrats les plus problématiques en 2026 ?
Sans diaboliser des marques, certains contrats concentrent plusieurs des défauts évoqués ci-dessus. Cette liste est basée sur l’analyse des grilles tarifaires officielles, des documents d’informations clés (DIC), et des rendements publiés par les assureurs.
AXA Arpèges — le cas d’école des frais élevés
Le contrat AXA Arpèges est régulièrement pointé pour sa structure tarifaire : jusqu’à 4,85% de frais sur versement, auxquels s’ajoutent des frais de gestion supérieurs à la moyenne. Le fonds euro Global Euro a servi 2,00% en 2023, sous la moyenne du marché. À ma connaissance, aucun contrat AXA grand public ne propose d’ETF, ce qui ferme mécaniquement l’accès aux supports à frais réduits. Le seul contrat assuré par AXA qui fait exception est Lucya Cardif by AXA. Il est distribué par un courtier indépendant et donc avec une structure de frais totalement différente.
BNP Multiplacements 2 — les frais d’une banque de réseau
Contrat phare de BNP Paribas distribué par sa filiale Cardif, Multiplacements 2 applique jusqu’à 4,75% de frais sur versement en tarif standard. BNP propose actuellement une offre promotionnelle à 0,5% de frais sur versement pour les versements en ligne en 2026, mais cette promotion est temporaire et peut être retirée. Les frais d’arbitrage de 1% et l’absence d’ETF dans l’univers d’investissement complètent le tableau. Le fonds euro a servi 2,75% en 2025, dans la moyenne sans plus.
Les contrats des banques de réseau en général
Les contrats Floriane 2 du Crédit Agricole, Predissime 9 de LCL, Millevie Initiale 2 de la Caisse d’Épargne, Vivépargne II d’AG2R partagent une logique commune : distribution par un large réseau d’agences, frais alignés sur les standards des banques traditionnelles, et univers de supports souvent cantonné aux fonds du groupe. Le fonds Actif général La Mondiale (Vivépargne II) a servi 2,00% en 2023, sous la moyenne.
Ces contrats ne sont pas frauduleux. Ils sont simplement structurellement désavantagés par rapport aux contrats en ligne, qui n’ont ni réseau d’agences à financer ni conseillers commissionnés à rémunérer.
J’ai hérité d’un contrat ouvert par mes parents en 2003 dans une grande banque de réseau. Entre les frais sur versement à 3,5%, les frais de gestion à 1%/an et l’univers limité aux OPCVM maison, le contrat servait environ 2% net sur la période 2018-2023. Après analyse, j’ai activé un transfert Fourgous vers un contrat multisupport du même groupe avec une allocation 60% fonds euro / 40% UC diversifiées. La différence sur 5 ans : environ 18% de performance cumulée contre 10% sur l’ancien contrat. L’antériorité fiscale a été préservée.
Comment reconnaître concrètement un mauvais contrat ?
Il existe une méthode simple pour auditer votre contrat en 5 minutes, même sans expertise financière. Rassemblez votre notice d’information et votre DIC (Document d’Informations Clés), puis vérifiez les points suivants.
Vérifier les frais — la règle des 2,60%
Additionnez frais de gestion du contrat + frais moyens des supports que vous détenez. Le total ne devrait pas dépasser 2,60%/an. Au-delà, même un rendement brut correct sera mécaniquement rogné. Les DIC sont obligatoires depuis 2022 et standardisés. Vous devez y trouver une ligne « coûts récurrents » qui donne l’incidence annuelle totale des frais sur le rendement.
Vérifier l’univers d’investissement
Consultez la liste des supports disponibles dans votre contrat. Un bon contrat 2026 propose au moins 20 ETF, 10 SCPI, et un fonds euro servant ≥ 2,5%. Si votre contrat ne propose que des OPCVM maison et un fonds euro à 1,5%-2%, c’est le signe d’un contrat dépassé.

Vérifier le rendement historique du fonds euro
Demandez les taux servis sur les 5 dernières années. Un fonds euro qui sert systématiquement 0,5 point sous la moyenne du marché (autour de 2,5% en 2024-2025) pénalise votre épargne de manière cumulative. Les données complètes par assureur sont publiées annuellement par Mingzi et France Transactions.
Que faire si j’ai une mauvaise assurance-vie ?
Trois stratégies existent pour sortir d’un contrat médiocre sans perdre l’antériorité fiscale. Le choix dépend de l’ancienneté du contrat, du montant des plus-values accumulées et de la structure de l’assureur.
Option 1 — Le transfert Loi PACTE (intra-assureur)
La loi PACTE du 22 mai 2019 permet de transférer votre contrat vers un autre contrat du même assureur, en conservant l’antériorité fiscale. C’est utile si votre assureur propose désormais un contrat en ligne plus moderne au sein du même groupe. Limite : le transfert ne fonctionne qu’au sein du même assureur. Vous ne pouvez pas transférer un contrat BNP vers un contrat Linxea.
Option 2 — Le transfert Fourgous
L’amendement Fourgous de 2005 permet spécifiquement de transformer un contrat monosupport (100% fonds euros) en contrat multisupport chez le même assureur. Conditions : transfert de l’intégralité de l’encours, et (depuis la loi PACTE) libre choix de l’allocation par l’assureur. Cette option concerne surtout les vieux contrats ouverts avant 2000 qui ne proposaient que du fonds euro.
Option 3 — La stratégie « deux contrats »
C’est souvent la solution la plus pragmatique. Vous conservez votre ancien contrat en l’état (pour préserver l’antériorité fiscale si elle est significative), et vous ouvrez un second contrat chez un courtier en ligne pour vos versements futurs. En France, il est possible de détenir autant de contrats d’assurance-vie que souhaité. Cette approche évite le rachat et l’imposition immédiate sur les plus-values.
Abattement fiscal après 8 ans. Les contrats d’assurance-vie de plus de 8 ans bénéficient d’un abattement annuel sur les gains retirés : 4 600€ pour une personne seule, 9 200€ pour un couple soumis à imposition commune. Au-delà, les gains sont imposés à 7,5% (+ 17,2% de prélèvements sociaux) sur les 150 000€ premiers euros de versements, puis à 12,8% au-delà. Cet abattement est commun à l’ensemble de vos contrats.
Source : Service-Public.fr — Fiscalité de l’assurance-vieFaut-il racheter son contrat pour ouvrir un meilleur ?
La question dépend de deux paramètres clés : l’ancienneté de votre contrat et le montant des plus-values accumulées.
Si votre contrat a moins de 4 ans avec peu de plus-values, le rachat total coûte peu fiscalement. Il permet aussi de redémarrer proprement sur un meilleur contrat. Vous perdez la « prise de date » mais les premières années ne valaient pas grand-chose fiscalement.
Si votre contrat a plus de 8 ans et des plus-values importantes, le rachat déclenche l’imposition (7,5% au-delà des abattements + 17,2% de prélèvements sociaux). Dans ce cas, la stratégie « deux contrats » est presque toujours préférable. Vous gardez l’ancien pour son antériorité, et vous ouvrez le nouveau pour vos versements futurs.
Si votre contrat est entre 4 et 8 ans, il faut faire le calcul. Le coût fiscal du rachat contre le gain sur les frais du nouveau contrat, sur l’horizon de placement restant.
Questions fréquentes
Une ancienne assurance-vie est-elle forcément mauvaise ?
Pas nécessairement. Un contrat ancien peut être excellent si ses frais sont bas et son univers large, ou médiocre s’il est resté bloqué sur une architecture années 1990. Le critère n’est pas l’âge, mais la structure tarifaire et la composition du contrat. Un contrat ouvert en 2005 avec 0,6% de frais de gestion, accès aux ETF et un fonds euro à 2,8% reste compétitif en 2026.
Les contrats des assureurs mutualistes sont-ils meilleurs ?
Certains sortent du lot. Ampli Mutuelle, la Carac, Garance et La France Mutualiste servent parmi les meilleurs taux sur fonds euros en 2024 (entre 3,50% et 3,75%, source Mingzi). Ces contrats mutualistes compensent parfois un univers d’UC plus restreint par un fonds euro plus généreux. Garance Épargne est passé à 0% de frais d’entrée au 1er janvier 2026.
Pourquoi mon conseiller bancaire ne me propose-t-il pas le meilleur contrat ?
Parce qu’il ne peut commercialiser que les contrats de sa banque. Un conseiller BNP ne vendra pas un Linxea, un conseiller Crédit Agricole ne vendra pas un Placement-direct. Les conseillers bancaires sont rémunérés sur la distribution des produits maison, ce qui crée une asymétrie d’intérêt structurelle. Ce n’est pas de la mauvaise foi : c’est simplement leur périmètre de vente.
Les contrats en ligne sont-ils sûrs ?
Oui, à condition que l’assureur soit agréé par l’ACPR. Les contrats distribués par des courtiers en ligne (Linxea, Placement-direct, Yomoni, Goodvest) sont adossés à des assureurs français ou européens régulés : Spirica (Crédit Agricole), Suravenir (Crédit Mutuel Arkéa), Generali, Apicil. Votre épargne est protégée par le Fonds de Garantie des Assurances de Personnes (FGAP) jusqu’à 70 000€ par assureur et par assuré, identique à une banque traditionnelle.
Puis-je être remboursé des frais abusifs d’un ancien contrat ?
Non. Les frais contractuels ne sont pas juridiquement abusifs tant qu’ils sont mentionnés dans la notice du contrat que vous avez signée. Seuls des manquements au devoir d’information ou de conseil peuvent, exceptionnellement, ouvrir un recours — mais c’est rare et difficile à prouver. La seule voie réaliste est le transfert ou la sortie vers un meilleur contrat.
Sources
Service-Public.fr — Fiscalité de l’assurance-vie (F22414) : service-public.gouv.fr
Economie.gouv.fr — Fiscalité de l’assurance-vie : economie.gouv.fr
Impots.gouv.fr — Imposition des produits d’assurance-vie : impots.gouv.fr
Loi PACTE du 22 mai 2019 — Transfert d’assurance-vie : Legifrance
ACPR — Rendements moyens 2025 des fonds en euros : acpr.banque-france.fr
Les informations présentées dans cet article sont fournies à titre informatif et ne constituent pas un conseil en investissement personnalisé au sens de la réglementation financière en vigueur. Les unités de compte présentent un risque de perte en capital. Les performances passées ne préjugent pas des résultats futurs. Avant toute décision concernant votre assurance-vie, il est recommandé de consulter un professionnel agréé ou de vous adresser directement à votre assureur pour obtenir les conditions actualisées de votre contrat.