Oui, mais pas dans le sens que la plupart des gens imaginent. Le minimum contributif (MiCo) s’ajoute à votre pension de retraite de base lorsque celle-ci est trop faible — il vient la compléter, comme un plancher. En revanche, il ne s’empile pas sur votre retraite complémentaire Agirc-Arrco. Au contraire, plus votre complémentaire est élevée, plus le MiCo est rogné, jusqu’à pouvoir disparaître complètement si l’ensemble dépasse 1 410,89 € brut par mois en 2026.
Montants applicables en 2026 (revalorisés de +1,18 %) — Minimum contributif de base : 756,29 € brut par mois (9 075,50 € par an). Minimum contributif majoré (à partir de 120 trimestres cotisés) : 903,93 € brut par mois (10 847,22 € par an). Plafond de retraites personnelles : 1 410,89 € brut par mois.
Source : Service-Public.fr — Pensions de retraite : montant du minimum contributif en 2026 (publié le 12 février 2026)Le mécanisme exact : un complément, pas une rallonge
Le minimum contributif est un dispositif de relèvement de la pension de base, pas une prestation distincte qui viendrait s’additionner à vos autres pensions. Si votre retraite de base calculée selon la formule classique (salaire annuel moyen × taux × durée d’assurance / durée de référence) est inférieure au seuil du MiCo, votre caisse de retraite la relève automatiquement jusqu’à ce seuil. Si elle est déjà supérieure, le MiCo ne change rien.
Concrètement, prenons le cas de Marie, qui part à la retraite à 64 ans en 2026 avec tous ses trimestres et 130 trimestres cotisés au régime général. Sa pension de base brute calculée s’élève à 620 € par mois. Le minimum contributif majoré qui s’applique à elle est de 903,93 €. Sa Carsat va donc verser une majoration de 283,93 € (903,93 − 620), de sorte que sa pension de base finale atteigne 903,93 € brut par mois. Si Marie touche en plus 350 € d’Agirc-Arrco, son revenu total sera de 1 253,93 €, sous le plafond — le MiCo est versé en intégralité.
⚠️ À ne pas confondre
Le minimum contributif n’est PAS l’ASPA (ex-minimum vieillesse). Le MiCo est un droit contributif lié à votre carrière, attribué automatiquement, non récupérable sur succession. L’ASPA est une allocation sociale sous condition de ressources, qui doit être demandée et qui est récupérable sur succession au-delà de 108 586 € de patrimoine. Les deux dispositifs ne se cumulent pas : si votre total de pensions reste sous le seuil ASPA, c’est l’ASPA qui prend le relais.
Pourquoi votre complémentaire Agirc-Arrco peut faire baisser votre MiCo
C’est le piège le plus mal compris du minimum contributif. La règle est inscrite à l’article L.173-2 du Code de la sécurité sociale : le total de toutes vos pensions (retraite de base + complémentaire + MiCo, tous régimes français et étrangers confondus) ne peut pas dépasser 1 410,89 € brut par mois en 2026. Si vous dépassez ce plafond, votre MiCo est réduit du montant exact du dépassement — on parle d’écrêtement.
Reprenons Marie, mais avec une carrière plus complète à l’Agirc-Arrco. Imaginons qu’elle touche 700 € de complémentaire au lieu de 350 €. Sa pension de base portée au MiCo serait de 903,93 €, ce qui donnerait un total de 1 603,93 € — soit 193,04 € au-dessus du plafond. Sa Carsat retirerait donc 193,04 € de son MiCo, ramenant sa pension de base à 710,89 €. Elle perd quasiment 200 € par mois alors qu’elle remplit toutes les conditions du MiCo majoré.
Cette mécanique a une conséquence contre-intuitive : une complémentaire Agirc-Arrco trop élevée peut annuler tout le bénéfice du MiCo. C’est pourquoi le MiCo concerne avant tout les carrières au SMIC ou proches du SMIC, où la complémentaire reste modeste.

Évolution du minimum contributif depuis la réforme de 2023
Depuis la loi du 14 avril 2023 portant réforme des retraites, le minimum contributif est indexé sur l’évolution du SMIC, et non plus sur l’inflation comme les autres pensions. Cette indexation traduit l’objectif politique d’atteindre 85 % du SMIC net pour une carrière complète au SMIC. Voici l’évolution récente du MiCo majoré pour les nouveaux liquidants :
En septembre 2023, le MiCo majoré est passé de 747,57 € à 847,57 € brut par mois (+100 €) au moment de la réforme. Il a ensuite été porté à 893,66 € au 1er janvier 2025 (+1,97 %, alignement sur la hausse du SMIC), puis à 903,93 € au 1er janvier 2026 après une revalorisation de 1,18 % décidée par la circulaire CNAV du 23 décembre 2025. Sur la même période, le MiCo de base est passé de 684,13 € (avant septembre 2023) à 756,29 € en 2026.
Important — la revalorisation 2026 ne concerne que les nouveaux liquidants. Si vous êtes déjà retraité et que vous percevez le MiCo, votre pension a été revalorisée de seulement 0,9 % au 1er janvier 2026 (taux commun à toutes les pensions de base), pas de 1,18 %. La nouvelle assiette du MiCo ne s’applique pas rétroactivement aux pensions déjà liquidées.
Source : Circulaire CNAV 2025-33 du 23 décembre 2025Conditions d’attribution : ce que votre Carsat vérifie
Pour bénéficier du minimum contributif, trois conditions cumulatives doivent être remplies. La première : avoir liquidé une pension de retraite de base à taux plein. Ce taux plein peut être obtenu de trois façons — soit en justifiant du nombre de trimestres requis pour votre génération (172 trimestres pour les générations 1965 et suivantes), soit en partant à 67 ans (âge d’annulation automatique de la décote), soit pour inaptitude au travail ou retraite anticipée pour handicap.
La deuxième condition est d’avoir liquidé l’ensemble de vos pensions, de base et complémentaires, dans tous les régimes où vous avez cotisé — y compris à l’étranger. Tant que vous n’avez pas demandé toutes vos retraites, le MiCo ne peut pas être calculé. La troisième : votre total de pensions ne doit pas dépasser 1 410,89 € par mois (sinon écrêtement, comme expliqué plus haut).
Le MiCo majoré (903,93 €) ajoute une exigence supplémentaire : justifier d’au moins 120 trimestres cotisés au régime général, soit 30 ans de travail effectif. La distinction entre trimestres validés (qui incluent les périodes assimilées : chômage indemnisé, maladie, maternité, service militaire) et trimestres cotisés (uniquement les périodes ayant donné lieu à des cotisations sur un salaire) est centrale. Pour la majoration, seuls les trimestres cotisés comptent.
Calcul du MiCo : les trois cas de figure
Le mode de calcul varie selon votre situation au moment du départ. Le premier cas, le plus favorable, concerne les assurés qui partent à la retraite avec tous leurs trimestres requis ET au moins 120 trimestres cotisés. Leur pension de base ne peut pas être inférieure à 903,93 € brut par mois. Si vous avez plus de 120 trimestres cotisés mais moins que la durée d’assurance requise, le MiCo majoré est calculé au prorata.
Le deuxième cas concerne ceux qui ont tous les trimestres validés mais pas tous cotisés. Si vous avez moins de 120 trimestres cotisés, votre pension de base ne peut pas être inférieure à 756,29 € brut par mois — c’est le MiCo de base, sans majoration. Si vous êtes entre 120 trimestres et la durée requise, on calcule un prorata avec la formule : 756,29 € + [(903,93 € − 756,29 €) × trimestres cotisés / trimestres requis].
Le troisième cas, plus rare, concerne ceux qui partent à 67 ans sans avoir le nombre de trimestres requis. Le MiCo de base est alors réduit proportionnellement au ratio trimestres validés / trimestres requis. Exemple concret : Pierre, né en 1959, part à 67 ans avec 140 trimestres alors que 167 sont nécessaires. Sa pension ne peut pas être inférieure à 756,29 € × (140 / 167) = 634,02 € brut par mois.
Les majorations qui s’ajoutent vraiment au MiCo
C’est ici que la réponse à la question initiale prend toute sa nuance. Certaines majorations s’ajoutent réellement à votre pension portée au minimum contributif, sans subir l’écrêtement du plafond de 1 410,89 €. Il s’agit principalement de la majoration pour enfants (10 % de la pension finale, à partir du troisième enfant élevé), de la majoration de surcote (1,25 % par trimestre cotisé au-delà de la durée requise), et de la majoration pour tierce personne en cas de dépendance lourde.
L’ordre des calculs compte. Depuis le 1er avril 2009, la surcote est appliquée après le portage au MiCo : votre pension est d’abord portée au MiCo, puis on ajoute la surcote calculée sur le montant initial. La majoration pour enfants est ensuite calculée à 10 % du total (pension portée au MiCo + surcote). Ces majorations échappent au plafond d’écrêtement — elles peuvent vous faire dépasser les 1 410,89 € sans que le MiCo soit réduit.
⚠️ Erreur fréquente
Beaucoup d’assurés découvrent à la liquidation que leur MiCo a été écrêté à zéro alors qu’ils pensaient le toucher en intégralité. La cause est presque toujours la même : leur complémentaire Agirc-Arrco les fait dépasser le plafond. Avant de liquider, demandez à votre Carsat ou à un conseiller du 3960 une simulation prenant en compte l’ensemble de vos régimes. Si vous êtes proche du plafond, la décision de partir un peu plus tard ou de cumuler emploi-retraite peut s’avérer plus rentable.
Polypensionnés : un calcul réparti entre régimes
Si vous avez cotisé à plusieurs régimes (régime général + agricole, ou + indépendants, ou + libéraux), le MiCo est réparti au prorata de votre durée d’assurance dans chaque régime. Concrètement, chaque caisse verse sa quote-part du MiCo selon la formule : MiCo × (trimestres dans ce régime / trimestres totaux). Ce point est crucial car beaucoup d’assurés polypensionnés pensent à tort qu’ils n’ont pas droit au MiCo, parce que leur pension Carsat seule est trop faible.
En réalité, c’est la somme des MiCo proratisés de chaque caisse qu’il faut considérer. Si vous avez cotisé 100 trimestres au régime général et 70 trimestres comme indépendant, votre MiCo total sera bien proche du MiCo plein, simplement réparti entre la Carsat et la SSI (ex-RSI). Vérifiez systématiquement que toutes vos caisses ont bien appliqué leur quote-part — les oublis sont fréquents.

Ce que ça change concrètement pour vous
La réponse pratique à la question dépend donc de votre profil. Si votre carrière a été à temps plein au SMIC ou proche avec une complémentaire Agirc-Arrco modeste, le MiCo majoré peut représenter 150 à 250 € de complément mensuel sur votre pension de base — soit environ 2 000 € par an de gain à vie. Si votre complémentaire est plus élevée parce que vous avez gagné davantage en fin de carrière, l’écrêtement va probablement annuler une partie ou la totalité du gain.
Il existe environ 4,6 millions de bénéficiaires du MiCo en France selon les statistiques de la CNAV, soit près d’un retraité du régime général sur trois (31 %). La proportion est très inégale entre les sexes : 42 % des femmes contre 18 % des hommes — conséquence directe des carrières interrompues, du temps partiel et des inégalités salariales. Si vous êtes à quelques années de votre départ, vérifier votre relevé de carrière sur info-retraite.fr reste le geste le plus utile : un trimestre cotisé oublié peut faire la différence entre MiCo de base et MiCo majoré, soit 147,64 € par mois.
Questions fréquentes
Le MiCo se cumule-t-il avec l’ASPA ?
Non, en pratique pas. Le MiCo et l’ASPA sont juridiquement compatibles, mais l’ASPA est versée sous condition de ressources et son plafond (1 034,28 € pour une personne seule en 2026) est presque toujours dépassé par la combinaison pension de base + MiCo + complémentaire. Dans 99 % des cas, si vous touchez le MiCo, vous n’avez pas droit à l’ASPA. Le MiCo prime, et c’est tant mieux : contrairement à l’ASPA, il n’est pas récupérable sur succession.
Le minimum contributif est-il imposable ?
Oui, comme toute pension de retraite. Le MiCo est intégré à votre pension de base et soumis à l’impôt sur le revenu dans la catégorie « pensions, retraites, rentes », après abattement de 10 %. Il est également soumis à la CSG, CRDS et CASA selon votre revenu fiscal de référence — l’exonération totale s’applique sous le seuil applicable, et un taux réduit (3,8 %) ou plein (8,3 %) peut s’appliquer au-delà.
Est-ce qu’une rente d’invalidité réduit mon MiCo ?
Non. Seules vos pensions de retraite personnelles (de base et complémentaire, françaises et étrangères) entrent dans le calcul du plafond de 1 410,89 €. Les rentes d’invalidité, les rentes accident du travail, les pensions de réversion et les revenus du capital (loyers, placements) ne sont pas pris en compte pour l’écrêtement du MiCo.
Que faire si la Carsat n’a pas appliqué mon MiCo ?
L’attribution est automatique, mais des oublis arrivent — notamment pour les polypensionnés ou quand la caisse n’a pas encore reçu le montant de votre Agirc-Arrco. Vérifiez d’abord votre notification de retraite : la mention « minimum contributif » doit y apparaître explicitement avec son montant. Si elle est absente alors que vous remplissez les conditions, contactez votre Carsat (3960) ou écrivez à votre institution Agirc-Arrco pour qu’elle communique vos données à la base de données inter-régimes.
Le MiCo va-t-il augmenter en 2027 ?
Très probablement, oui. Le MiCo étant indexé sur l’évolution du SMIC depuis la réforme de 2023, sa revalorisation au 1er janvier 2027 dépendra de la hausse du SMIC entre janvier 2026 et janvier 2027. Sur la base d’une inflation modérée et d’un coup de pouce limité, on peut anticiper une revalorisation comprise entre 1 % et 2 %, mais aucune annonce officielle n’a été publiée à ce jour. Seules les personnes liquidant en 2027 bénéficieront du nouveau seuil.
Et pour les fonctionnaires ?
Les agents de la fonction publique ne relèvent pas du MiCo mais d’un dispositif équivalent : le minimum garanti (MIGA), prévu par l’article L.17 du Code des pensions civiles et militaires de retraite. Ses montants et conditions diffèrent du MiCo et son calcul repose sur l’indice majoré, pas sur les trimestres cotisés au sens du privé. Les règles d’écrêtement et d’articulation avec la complémentaire RAFP sont également spécifiques.
Sources
Service-Public.fr — Pensions de retraite : quel est le montant du minimum contributif en 2026 ? (publié le 12 février 2026)
L’Assurance retraite — Circulaire CNAV 2025-33 du 23 décembre 2025 sur la revalorisation du SMIC au 1er janvier 2026 et ses incidences en matière de législation vieillesse
Service-Public.fr — Retraite complémentaire dans le privé : Agirc-Arrco (vérifié le 1er janvier 2026)
Code de la sécurité sociale — articles L.351-10 (minimum contributif), L.351-12 (majoration pour enfants), L.173-2 (plafond de retraites personnelles)


